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mercredi 11 mai 2016

Une histoire des cinémas de St-Pol-sur-Ternoise


L'indispensable Jean-Marie Prévost nous propose deux articles racontant les débuts du cinéma à Saint-Pol-sur-Ternoise. Ce sont deux articles parus en juillet 2015 dans l'hebdomadaire L'Abeille de la Ternoise. Voici ces deux textes accompagnés de leurs photos !! Bravo à ce journal qui met en lumière une part importante de notre histoire collective du XXème siècle !  D'autres informations et histoires concernant les cinémas de cette ville, notamment la formidable histoire du Régency sont présents sur ce blog et nulle part ailleurs... 

Les bombardements de la Dernière guerre...

Procession de communiantes devant le cinéma,
place du Marché aux grains (place Louis-Lebel aujourd’hui).


C’est un Fréventin, ex-international de football, qui, peut-être en 1919, installa un baraquement à Canteraine, près de l’ex-café des Trois Couleurs (en face de l’actuel rond point de la rue Roger Salengro et du boulevard Gambetta). Il s’appelait Henri Moigneu et avait épousé une Fréventine, Georgette Fatien.
 C’est là que devait débuter le cinéma Moigneu. Il mit aussi bien souvent sa salle à la disposition des sociétés locales. La réunion constitutive de l’Union sportive saint-poloise se tint en effet dans cette salle, le 10 janvier 1921. Moigneu faisait partie de ce premier comité directeur présidé par Lacroix. Quelques années plus tard, Henri Moigneu fit construire, en dur, une nouvelle salle sur la place du Marché aux grains (place Louis-Lebel).
 A la Noël de l’année 1924, la coquette salle de cinéma était mise à la disposition de l’Association des anciens combattants.  Mais après une sérieuse maladie, Henri Moigneu céda son cinéma à M. Duvauchelle, un ingénieur électricien, et alla s’installer à Frévent où il s’était marié, comme nous l’avons dit. Il participa à la réorganisation de l’A.S. Frévent. Mais la maladie ne lui fit pas de cadeau et il décéda le dimanche 14 mars 1937, à l’âge de 50 ans. Sa disparition fut douloureusement ressentie dans la région. 
 Le parlant à Saint-Pol
    Nous resterons en prise directe sur l’époque grâce à M. Richard Gillion, de Saint-Pol, que nous avons eu le plaisir de rencontrer alors qu’il était encore en vie (en 1987, croyons-nous). Pour lui, le cinéma n’est plus entouré d’un halo mythique, puisque c’est lui qui, en 1930, avec M. Duvauchelle, perfectionna les appareils de la salle Moigneu. Celle-ci fut d’ailleurs baptisée cinéma Familia. Ce sont aussi nos deux Saint-Polois qui, grâce à leur état d’esprit, leur manière d’être, de vouloir et d’accepter le progrès, contribuèrent à créer une succursale du Familia à Hesdin.
 Puis Saint-Pol se mit à la page. En avril 1931, les travaux d’installation des appareils parlants étaient complètement terminés. Pour les fêtes de Pâques, en guise d’oeufs, les Saint-Polois eurent droit à un superbe programme. Le samedi 4 avril, à 20 h 30, le dimanche et lundi, à 15 h et à 20 h 30, ils purent assister au bal des petits lits blancs à l’Opéra de Paris, avec Pathé-Journal, les actualités sonores et parlantes. Le défilé des plus grandes vedettes, dans le décor superbe de l’Opéra, intéressa tous les spectateurs. Ils purent voir: Mickey virtuose, un excellent dessin animé musical, et enfin un grand film français 100% parlant, musical et chantant: « La tendresse », interprétée par Marcelle Chantal et Jean Toulout (film de Henri Bataille) (location gratuite, 4 rue de Fruges à Saint-Pol, tél.: 86. Prix des places: premières: 8 F.; secondes: 5 F.; troisièmes: 3 F.).
 La couleur
   Les noirs, notamment au début du cinéma, offraient principalement sur les visages et les partie charnelles des personnages, des effets ternes, mornes, parfois désastreux et contraires à la vie. On y remédia par la suite et le cinéma finira par donner tout son éclat et son développement avec la couleur définitivement acquise et généralement exploitée. Quand vint-elle à Saint-Pol imposer le concept d’un spectacle total ? 
En tout cas, les 16, 17 et 18 janvier 1932, les Saint-Polois purent regarder un film comique en couleurs: « L’île des pingouins », retraçant la vie d’Alfred, le porte-bonheur. Au programme figurait aussi le 1er grand classique du film: « Le Juif polonais » avec Harry Baur (1880-1943), artiste incomparable qui interpréta le rôle de Mathis dans l’oeuvre d’Erckmann-Chatrian. Ce « monstre sacré » du cinéma français qu’il marqua de sa puissante personnalité fut arrêté par les nazis alors qu’il tournait un film en Allemagne et mourra des tortures subies à Berlin quelques jours après sa libération. Quant au « Juif polonais », transposé au théâtre en 1869, il est passé ensuite au répertoire de la Comédie française. Les Saint-Polois retrouveront Harry Baur les 26, 27, 28, 29 et 31 mai 1934, dans « Les misérables », cette grandiose réalisation qui honore le génie de Victor Hugo. Montreuil/Mer, Saint-Pol, Arras, ce poème de générosité humaine prend naissance chez nous avec, entre autres, Florelle , Charles Vanel, Orane Demazis, etc.
La dernière guerre
   Des images seront encore projetées sur l’écran du cinéma Familia en 1940. Le dimanche 14 janvier, par exemple, les Saint-Polois purent assister à deux séances, à 15 h et à 19 h, avec deux grands films: « L’hôtel du libre échange », une excellente comédie pleine de situations cocasses, interprétée par des comédiens de premier ordre avec Fernandel, Alerme, Larquey, Cordy, etc., et « L’Aristo » avec Lefaur, Marguerite Moreno, Cordy, André Roanne et Josette Day. Un beau programme complété par les Actualités avec des scènes de front, le voyage du roi d’Angleterre en France, le bombardement d’Helsinski, etc.
 Mais bientôt le cinéma fermera ses portes. M. Duvauchelle se réfugiera à Saint-Geoges. M. Gillion rejoindra son unité, au 3e génie à Arras. Il recevra l’ordre de mener à bien tout un ensemble d’opérations visant surtout à miner les ponts pour retarder l’avance allemande. Lui-même se retrouvera alors en Dordogne au milieu d’une section réduite à 350 hommes parmi les 550 qui avaient été appelés à installer ces mines. Les cellules allemandes abriteront de nombreux prisonniers.
   Démobilisé en septembre 1940, M. Gillion fut alors réquisitionné par les Allemands pour s’occuper de la projection de films. Ils lui flanquèrent d’ailleurs une sentinelle dans le dos (ce n’était pas du cinéma !) pour que la projection puisse tourner rond. La salle de Saint-Pol fut évidemment, comme tous les autres cinémas, soumise à de sévères censures durant l’occupation. Aucun problème d’actualité ne devait être abordé. Pourtant, de jeunes créateurs parvinrent à se révéler et d’autres à s’affirmer. L’un des plus grands films du cinéma français, « Les enfants du paradis », oeuvre de Marcel Carmé, fut réalisé entre 1943 et 1945. 
 Auparavant, Saint-Pol connaîtra plutôt l’enfer en vivant dans la hantise des bombardements. Celui de juin 1944 eut raison du bâtiment qui ne se relèvera pas, du moins à l’endroit où il avait été édifié. L’habitation de M. Gillion fut également détruite pendant ces bombardements. Il évacua alors sa ville et se relogea à Herlincourt. Le cinéma resta muet à Saint-Pol jusqu’à la Libération. 
Puis il fut installé dans la salle des fêtes (musée actuel). Mais la sécurité n’étant plus assurée dans l’ancienne chapelle des Soeurs Noires, il ferma en mars 1947.

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