© Olivier JOOS - 2009/2015

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mercredi 8 avril 2015

Le Pax de Etaples, souvenirs d'un spectateur...

Un grand merci à Jean-François Hagneré ! Celui-ci nous propose ses souvenirs des salles de cinéma à Etaples. Natif de cette commune du littoral, célèbre pour son petit port de pêche et porte d'entrée vers le Touquet et Stella-Plage, Jean-François Hagneré est aujourd'hui exilé en Lorraine. Il revient sur sa jeunesse étaploise et notamment ses souvenirs des salles qu'il a connu. Aujourd'hui, premier volet de cette trilogie : le Pax est à l'honneur. Si vous avez aussi des souvenirs de ce(s) cinéma(s), le blog vous accueille et vous publie... 



Cinéma 1
Le Ciné-Pax

Avant la Seconde guerre mondiale, le centre de la vie cultuelle d’Etaples-sur-mer se situait place Jeanne d’Arc ( Voir plan des rues de la ville ). C’était une jolie bâtisse, église traditionnelle, comme on en voyait un peu partout alors. Le Nord-Pas-de-Calais fit l’objet de nombreux bombardements, de la part des Allemands comme des Alliés, la zone littorale de la côte d’Opale, avec ses ports, offrant des possibilités de débarquement – Voir opération d’intox « Fortitude », mise au point en Angleterre.
Au sortir de la guerre, sur cette côte maritime où, plus que partout ailleurs sans doute, religion rime avec superstition, il fallait donc offrir le plus rapidement possible un abri provisoire à Dieu et à ses fidèles. Des films et des photos d’archives montrent une population mobilisée en vue de l’édification de sa « cathédrale ». Elle fit avec les moyens du bord… Je pense que François, notre père, de retour d’Allemagne ( STO : Service du Travail Obligatoire), participa un tant soit peu à ces travaux, dans la limite, comme beaucoup de ces volontaires, de ses compétences architecturales… En fait, je vois en lui, enfant, un joyeux et bon petit diable…
Ainsi fut édifié le… Ciné-Pax, car, en effet, l’on fit d’une pierre de construction, deux coups : un cinéma et une église. Le profane et le sacré, tous deux unis dans un même élan surréaliste… Les affaires du ciné marchaient d’enfer, et les corbeilles des quêtes résonnaient joyeusement. En effet, à cette époque, nos parents ignoraient tout de la télé et de son émission dominicale : Le jour du Seigneur… Ciné le week-end, donc, et le reste du temps, les messes, les prières… Dieu pouvait donc faire son cinoche Rue Robert Wyart, sous le toit en demi-lune – Fibrociment ou tôle, je ne sais plus – de ce « monument ».Après tout, la religion, avec ses rites, ses déguisements, ses accessoires, ses intrigues, son côté irrationnel, n’était-ce pas déjà une superproduction céleste ? C’est en ce lieu qu’étaient donc célébrés les offices ordinaires, les baptêmes, les communions, les mariages, les enterrements…
La configuration des lieux. Sa forme en demi-lune donnait au Ciné-Pax un air de long tunnel. On y entrait par des portes à petits carreaux qui ouvraient sur un grand hall. A droite, aux heures de cinéma, une barrière contenait la file d’attente qui se pressait jusqu’à un petit guichet… A gauche, les toilettes, signées par les fameux duettistes « Jacob-Delafon ». Puis, à gauche comme à droite, un large escalier menant à l’étage supérieur, le balcon, garni de fauteuils de couleur rouge. Du parapet de ce balcon, on pouvait, les soirs de ciné, lancer des « épluchures » de cacahuètes sur les spectateurs du parterre : rigolades et engueulades garanties… A la porte du ciné, deux Arabes sympas fournissaient les munitions pour quelques centimes : des paquets colorés, qui vidés de leur contenu, et gonflés avec l’entrain d’un trompettiste, « pétaient » joyeusement sous la pression des paumes de nos mains – O voulez que j’ monte, mi, o allez voir, bandes d’andouilles !… Revenons dans le hall : Au fond, un comptoir, histoire de se rincer le gosier à l’entracte et, de chaque côté, une porte qui débouchait sur la salle. Quatre longs ensembles de chaises de paille tressée, deux latérales et deux centrales, plus larges, séparées par une allée ( Les allées, très importantes pour le moment de « la communion » ou la « bénédiction des corps des disparus ». Devant les chaises, un muret, surmonté d’un parapet, délimitant un genre de trou d’orchestre conduisant à la… crypte. Au-dessus de cela, la scène au plancher de bois, en arrondi, donnant sur la salle, comme dans un théâtre. Astuce : A l’heure de la messe, en fond de scène, l’hôtel avec toute sa quincaillerie : chandeliers, tabernacle, le Livre saint, les fleurs, etc. Sans oublier, évidemment, la Croix du Christ… A l’heure du cinéma, des cintres tombait l’écran… C’est qu’il en a vu de sa croix des films, Jésus, aussi bien le Pont de la rivière Kwaï, que Le tigre se parfume à la dynamite, interprété par Roger Hanin, ou Les motards, une de ces pantalonnades dans lesquelles excellaient Roger Pierre et Jean-Marc Thibault… Mais dans mon souvenir, c’est Le pont de la rivière Kwaï qui a fait « péter l’applaudimètre »... Mon père, qui n’allait jamais au cinéma, nous y emmena… Ce jour-là, dans la bousculade, des vitres des portes d’entrée furent cassées… Grosse rigolade garantie : Essayer de faire siffler en chœur le thème du film, « Hello, le soleil brille, brille, brille…Un carton musical repris par Annie Cordy… Les péplums, genre Ben Hur, avaient aussi la cote… Dans l’ombre, au fond de la salle se planquaient les amours naissantes et se préparait le repeuplement d’une France saignée par quatre années de guerre, œuvre rédemptrice à laquelle Etaples a toujours largement contribué… Goût du sacrifice, devoir patriotique, en somme…
Le Ciné-Pax accueillait aussi les enfants des écoles pour la Saint-Nicolas - Vraie fête des gamins dans le Nord ; c’est alors que le « Saint », flanqué du père Fouettard, distribuait les jouets. Noël était plus une fête de famille, avec un côté religieux marqué. Mais de plus en plus de jeunes, au fil du temps, organisèrent leur propre réveillon ou fréquentèrent des salles de bals qui, elles, se chargeaient de l’intendance. Ce jour de Saint-Nicolas nous avions droit à la projection de documentaires – Je me souviens de l’un d’eux consacré à la police montée canadienne-, et à la sortie nous étaient offerts une orange et un paquet de bonbons… C’était alors un vrai bonheur… La société de consommation était loin d’avoir effectué sa percée… Jésus avait « chassé les marchands du Temple »… Au Ciné-Pax, il les attirait comme des mouches et je pense que le Doyen ne crachait pas sur le bénéfice tiré des entrées… Comme me l’avait appris le catéchisme : Dieu est partout : Au ciel, sur la terre et en tous lieux, donc il avait sa place réservé au Ciné-Pax… Il n’était pas là pour le film, mais pour nous surveiller…Normal ! Nous restait plus qu’à passer par le confessionnal : Qu’est-ce que je vais encore pouvoir raconter… La carte du « menu » sous les yeux : Non… pas « tuer » ni « voler »… Menti ?… oui… A qui ?… 1984, George Orwell avant l’heure… Tous coupables ! Quel fardeau !…
Hagnéré Jean-François ( 21/03/2015 )
Extrait de Kaléidoscope ou Une egothérapie
Canalblog : Hagnéré jean-françois : Notes discordantes sur l’époque

Texte N° 236

1 commentaire:

  1. et oui la bel epoque je suis de 62 JAIS VU BEN HUR ATARI LES DIX COMMANDEMENT UNE CHALEUR QUI NOUS MANQUE MAINTENANT ON ALLEZ AUX CINEMA DE 18H A 19H30 ET ON ALLEZ CHEZ CHARLINE CHERCHEZ DU JAMBON

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