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lundi 11 août 2014

Un lecteur nous raconte ses souvenirs douaisiens...

Un lecteur de ce blog, Georges Vinaver m'a envoyé un mail me racontant ses souvenirs de cinéma à Douai...
Avec son autorisation, je publie son texte qui rappellera certainement des souvenirs à certains, habitant de Douai, ou d'ailleurs...

Déjà publié sur ce blog, mais tellement révélateur d'une certaine ambiance
comme le raconte Georges Vinaver dans le texte qu'il m'a envoyé ! 

Je suis né en 1948, et j'ai habité Auby, puis Douai, de 1948 à 1958. L'économie de le  région tournait alors essentiellement autour des mines de charbon autour de la ville. A Douai, il y avait toutes les classes sociales, depuis les cadres d'industrie jusqu'au prolétariat qui habitait des baraques en bois du côté de la piscine toute neuve. Ceux qui en venaient ne parlaient qu'un patois chti qui les désignaient aux plaisanteries des gens bien, et des instituteurs, prompts à moquer leur pauvre langue et leur accent.

"- M'sieur, qu'est ce qu'on fait à c't'heure?
- On ne dit pas à c't'heure... "
S'ils avaient su les millions que Dany Boon tirerait de leur langue fleurie !!

Le cinéma, à l'époque tout le monde y allait, le prolo comme le bourgeois. C'était avant la télé pour tous. Les pauvres étaient trop pauvres pour acheter un poste, et les instruits, comme mes parents, pensaient que cela gâtait l'esprit de la jeunesse.  Restait le cinéma, que même les bourgeois acceptaient comme faisant partie de la culture. Tout le monde, donc, allait au Palace. Il y avait en général cohue au guichet, et foule dans la salle.

Le Palace...
Je m'en souviens comme si c'était hier...
Je n¹ai pas, malheureusement, de photos des cinémas douaisiens où j'ai, pourtant, forgé ma cinéphilie jusqu¹en 1959, date de mon déménagement à Paris. Dans la capitale, les cinés de la rue Champollion, la cinémathèque de la rue d'Ulm, le Gaumont Palace (Ben Hur !) ont pris le relai. Là aussi, il y aurait à faire un petit requiem pour les dizaines de salles disparues...
Mais revenons à Douai, au Palace : un cinéma à l'ancienne, avec balcon et parterre. De mon temps, c'était le seul cinéma de la place d'Armes. Le Colisée, dont je découvre des photos sur votre blog, jamais entendu parler ! Ça a dû être construit après...
Les programmes étaient en trois parties, avec docu, actualités et, après l'entracte, le "grand film" !
L'entracte était le moment des esquimaux (vendus à la criée dans la salle) et des publicités (je me souviens de celles où Duvaleix pour Paic, dont voici un exemple : http://www.culturepub.fr/videos/paic-lessive-mousse-conseils-de-l-oncle-hippolyte/

Après les pub ciné (Balzac 0001, Jean Mineur publicité, 79, Champs Elysées, Paris, disait une vois de stentor), le rideau publicitaire, tout en couleurs fluorescentes descendait (c'était pour les commerçants locaux, genre
Lauverjat, Boldoduc, le soldat laboureur).

Voici des films que je me souviens d'avoir vu au Palace.
Je me souviens d'y avoir vu (trois fois de suite!) "La ruée vers l'or" : une salle pleine à craquer et  pliée en quatre, explosions de rires, alors qu’aujourd’hui¹hui, un tel film, passé à la cinémathèque, ne déclenche plus que des sourires et la salle ne sera pas remplie). Quel choc, Charlot. J'avais déjà vu de ses courts métrages (mon père avait acheté un projecteur 9mm5, et on louait des petits films chez un distributeur Film Office situé je ne sais où. Charlot policeman, Charlot chez le masseur, Beaucitron, Harold Lloyd, Laurel et Hardy. Mais la Ruée vers l'or, je crois que je me souviens de chaque gag de ce film car lors deces projections douaisiennes, ils se sont gravés à jamais dans mon cerveau.

Je me souviens aussi de la bataille du Rio de la Plata (j'ignorais, à l¹époque, qui étaient Powell et Presburger).
Je me souviens aussi du titre d¹un film l'armada sauvage. J¹ai vérifié sur IMDB, ça existe bien...
Je me souviens de 20000 lieues sous les mers, qui m'avaient tellement fichu la pétoche que j'avais détalé avant la fin du film.
Je me souviens de Misérables, version Gabin. C'est beaucoup plus tard que j'ai découvert que Gabin avait été jeune.
Je me souviens de Sans famille, avec Joel Flateau.
Je me souviens du  désert vivant de chez Disney.
Et, last but not least, le monde du silence de Cousteau (ce n'est que plus tard que j'ai appris que Louis Malle était de l'aventure).  Tout le monde, à cette époque, a dû voir ce film. Je suis devenu plongeur plus tard à cause de lui. Je l'ai revu il y a quelques années : le moins qu'on puisse dire, c'est que l'écologie n'avait pas encore pénétré les cerveaux ! Il y est question de requins "que les plongeurs n'aiment pas", et qu'on peut tuer sans remord. A l'époque (voyez  Tintin au Congo, ou le trésor de Rackam le Rouge), massacrer des espèces "nuisibles" semblait aller de soi...)
Je me souviens aussi avoir vu Blanche neige, la belle et le vagabond de chez Disney, le ballon rouge, une fée pas comme les autres (première apparition du canard Saturnin), Crin blanc. Mais ça, c'était peut être au Studium, dont je parle plus bas. 
et le très tire larme (et, je l'ignorais à l'époque, très franquiste) Marcellino pan y vino.
Il y en a eu d'autres, sans compter les films que je voyais à Lille quand on y allait pour le plaisir d¹avoir Six cinémas de rang dans la grand rue, et d'avoir le choix !!

Quand je dis que le cinéma était la distraction de tous, il n'était que d'entendre  les discussions dans la cour de l'école : certains films, tous les élèves sans exception l'avaient vu (le ballon rouge, et crin blanc, par exemple). Le lendemain de leur projection, on ne parlait que de ça dans la cour de récré. 

A côté du Palace, il y avait un café à l'ancienne, grande salle, grande hauteur sous plafond, avec des carafons d'eau de Seltz sur les tables, serveurs en tabliers blancs descendant jusqu'aux pieds. Le nom de ce café ? Je ne l'ai jamais su.  Au bout de la place, il y avait la librairie Lauverjat. Si l'on allait à la séance du dimanche après-midi, on pouvait aller, ensuite, manger des gâteaux et boire du thé chez Warlop, qui se trouvait rue de la mairie, à quelques pas de la place d'Armes.

La place était encore accessible aux voitures, et il y avait un promontoire où se tenait un flic réglant la circulation. Je m¹en souviens car on m¹avait offert pour mon anniversaire une tenue de policier, et j¹avais été, ainsi harnaché trouver le flic qui se trouvait en faction et qui m¹avait laissé régler, quelques minutes, la circulation. Je n¹ai, si ma mémoire est bonne, pas provoqué d¹accident !

Et je me souviens qu¹il existait un autre cinéma, le Studium. Je ne sais plus où il était, il me semble qu¹il n¹était pas loin de la pâtisserie Warlop, qui faisait salon de thé. Je ne sais plus ce que j'y ai vu, sauf un très vif souvenir qui m'a marqué : La bergère et le ramoneur, de Paul Grimault, qui n'a plus été visible pendant des lustres, et que Grimault, qui n'avait pas eu le final cut, a remonté sous le titre très célèbre Le roi et l'oiseau.

Ah, et puis j'allais au lycée provisoire place du Barlet (à l'époque le primaire était intégré au lycée). Mon souvenir, aussi dingue que ça puisse être, est qu¹on nous servait de la bière au repas de midi...et du lait, Mendès-France oblige, à 16 h !

Mes parents me permettaient le cinéma, mais m'interdisaient les bandes dessinées! Alors, chaque jour, en allant à l'école, je me faisais raconter tous les Tintin par mon  camarade Lecomte qui, lui, avait le droit de les lire (et de jouer de l'accordéon, alors que mes parents considéraient que seul le piano était digne de notre milieu, l'accordéon faisant trop peuple)

Georges Vinaver.

1 commentaire:

  1. Superbe récit qui nous replonge ( même si je suis un peu jeune) dna le ciné ce ces années ou le cinéma "populaire" n' avait rien à voir avec les complexes imenses que l on voit aujourd’hui ...

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