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lundi 13 août 2012

"Passe ton bac d'abord", crise d'ado à Lens ?

"Passe ton bac d'abord", qui n'a jamais entendu cette expression de ses parents ou qui ne l'a pas prononcé à ses enfants ? A la fin des années 70, ces quelques mots deviennent le titre d'un des films les plus célèbres de Maurice Pialat. le film montre une jeunesse française 10 ans après la crise de mai 68, subissant de plein fouet la crise économique aboutissant à une crise sociale avec la valeur travail au coeur des préoccupations. C'est aussi un film générationnel, l'attente des parents envers leurs enfants, la contestation classique et la rébellion des enfants face aux parents, le passage à l'âge adulte et les inévitables tensions amoureuses (sous entendues sexuelles) qui vont de pair. Pour notre région, et surtout pour le bassin minier, le film de Pialat est un révélateur : la fin de la mono-industrie et la crise économique conduisant à une génération perdue qui n'a pas l'espoir d'une entrée immédiate dans le monde du travail comme au temps de la splendeur des houillères et du plein emploi. Le film montre une ville en déclin, Lens, où seul le football et les exploits des Sang et Or sont les intermèdes heureux d'une vie difficile. Est-ce ce film qui a inscrit dans la mémoire collective l'image d'un Nord à l'abandon et d'une population perdue ? Oui et non... Le modeste succès du film à sa sortie n'a pas engendré un "Bienvenue chez les ch'tis" à l'envers, et l'image dégradée du Nord-Pas-de-Calais était déjà bien écornée avec la crise des industries textiles autour de la métropole et des mines dans le bassin minier. Doit-on chercher chez les personnages principaux du film de Pialat la jeunesse de la famille Groseille que l'on retrouvera 6 ans après dans "la vie est un long fleuve tranquille" ? Y a t-il une filiation entre ces deux films ? Les Groseille de Chatilliez sont-ils les jeunes de "Passe ton bac..." ? La réflexion est lancée et on peut s'interroger sur ce lien invisible entre les deux histoires. 

Le film a donc été tourné dans deux villes symboles de la région : Lens et ses paysages urbains, noirs, d'usines en crise, son lycée, ses petites maisons de briques serrées les unes aux autres avec des intérieurs aux ambiances lourdes et des napperons sur les tables, et de l'autre côté Bray-Dunes et la liberté des grandes plages, de la mer, du ciel infini... L'opposition entre un présent lensois et un futur symbolisé par la côté et son envie d'ailleurs ? 
A Lens, les lieux de tournage sont les suivants : la place du Général de Gaulle et l'hôtel Caron, et la rue Marcelin Berthelot et le bar Manhattan.
A Bray-Dunes, Pialat et son équipe ont tourné avenue de la Liberté et l'église, et aussi rue des Alouettes et Frederique's house.

Voici un article de Nord-Eclair daté du dimanche 11 octobre 2010, signé par Gaëlle Caron et qui raconte le tournage de ce film. Suit un portrait de deux acteurs lensois de ce film : comment ils ont été choisi, ce qu'ils sont devenus...

Hiver 1978. Maurice Pialat arrive à Lens avec en tête une vague idée de film sur la jeunesse. 
Été 1979. « Passe ton bac d'abord » sort en salle.
Retour sur l'histoire d'un bide commercial devenu une oeuvre référence.
« C'est un jour de décembre 1978. Un jour comme les autres. Je suis assis au Caron, le café en face de la gare, le fief des jeunes Lensois à l'époque. Je sirote un radeau, une limonade avec du citron, et je parle de Léo Ferré avec mon ami Patrick. » Bernard Tronczyk, 49 ans, raconte cette scène ordinaire de sa vie de lycéen comme si elle avait eu lieu hier. Difficile d'oublier les détails d'une rencontre hasardeuse, qui allait marquer le début d'une aventure extraordinaire.
« Quatre hommes entrent dans le café et s'installent à la table à côté. Ils nous regardent avec insistance au point de nous agacer. L'un d'eux finit par se lever et se présente. C'est Dominique Besnehard. À l'époque, il est directeur de casting. Il cherche des lieux de tournage et des personnages pour un film de Maurice Pialat, dont le scénario n'est pas encore écrit. » Bernard a alors 18 ans. Fils de mineur, allergique au bahut, il habite dans un coron lensois, où la culture pénètre difficilement. Pas question pour lui d'apprendre un texte et de s'agiter devant une caméra. Besnehard parvient tant bien que mal à le convaincre et malgré la présence de deux comédiens professionnels parisiens, pas franchement dans les petits papiers du réalisateur, Bernard et sa bande de copains deviendront les acteurs principaux d'un long-métrage intitulé Passe ton bac d'abord.
Le scénario est bancal, pour ne pas dire inexistant. Venue à Lens aux côtés de Pialat, Arlette Langmann, la soeur de Claude Berri, l'écrit au jour le jour, au contact des jeunes qu'elle observe. Chez eux, au café ou au stade Bollaert, qui vibre le samedi soir au rythme des exploits des Sang et Or, dans leurs maillots brillants et moulants et leurs shorts échancrés. Car Pialat n'a pas le choix. Deux ans auparavant, il a en effet reçu une avance sur recette d'une société de production pour tourner un film intitulé Les filles du faubourg, sur une idée originale d'Arlette Langmann. Mais le projet, mal ficelé, a été abandonné et le cinéaste se doit de le substituer. Dans l'impasse, il décide donc d'aller poser sa caméra dans le bassin minier, où il a déjà tourné L'enfance nue dix ans auparavant.
Bref, c'est dans un climat particulièrement tendu, avec des bouts de ficelle et sans véritable fil conducteur que Pialat réalise Passe ton bac d'abord. « Du baccalauréat, il n'en sera pas question. Il ne veut pas échafauder une énième chronique lycéenne. Il veut capter des épisodes de la vie, bruts, entiers, improvisés, vécus et non joués. Il s'attache à filmer le monde des petites gens. Il veut scruter l'univers d'une population qui vit modestement, loin de la capitale », analyse Rémi Fontanel, critique de cinéma et auteur d'une bio-filmographie de Pialat.
À Lens, Bernard et ses potes, eux, s'amusent comme des petits fous, sans penser qu'ils resteront à jamais les acteurs principaux d'une oeuvre essentielle d'un cinéaste qui comptera un jour parmi les plus grands. Devant l'objectif, ils jouent à être eux-mêmes. C'est tout ce qu'on leur demande.
« Oui, c'était une expérience énorme ce tournage, mais quand on est gamin, on ne s'en rend pas compte. C'était un jeu pour nous. On touchait un peu d'argent, on allait au resto, on faisait la fête et il y avait une grande animation dans la ville. Pour moi qui étais chômeur, l'ennui, les longues journées d'attente n'existaient plus. C'était une vie nouvelle, excitante », confie Patrick Lepczynski, le meilleur copain de Bernard.
Après un mois et demi de tournage, Pialat et son équipe, fauchés, rentrent à Paris. Mais FR3, qui a vu les rushs, décide d'octroyer une petite rallonge au réalisateur. Retour dans le Pas-de-Calais au printemps et direction Bray-Dunes, où le scénario conduit les jeunes Lensois en vacances.
Le montage du film, certainement l'un des plus complexes de l'histoire du cinéma français, tant la trame est décousue, a lieu pendant l'été 79.
Passe ton bac d'abord sort à Paris le 29 août et à Lens le 19 septembre.
« Il ne fait pas recette », convient Bernard Tronczyk. Un euphémisme. Mais le bide commercial n'est pas boudé par la critique. Il deviendra même au fil du temps une référence pour toute une génération de réalisateurs, influencés par le cinéma-réalité de Pialat.



Portraits de deux acteurs lensois de ce film, toujours issu de l'excellent article de Nord-Eclair : 
Acteurs hier, prof et prêtre aujourd'hui

De la table du Caron, un café où les jeunes Lensois ont leurs habitudes, à l'affiche de « Loulou » pour Bernard Tronczyk et de « Sans toit ni loi » pour Patrick Lepczynski, l'itinéraire pas ordinaire de deux copains, finalement devenus prof et prêtre. À la fin de Passe ton bac d'abord , on voit Bernard et Patrick, inséparables, quitter Lens en fourgonnette, un matelas sur le toit, pour aller tenter leur chance à Paris. Preuve que le cinéma de Pialat colle à la réalité, c'est vraiment ce qu'ont fait les deux copains, alors chômeurs, après la sortie du film dans les salles. « Mais ce fut un échec, raconte Bernard Tronczyk. Quinze jours plus tard, on était de retour avec le matelas sur le toit et nos espoirs derrière nous. » Patrick s'entête et quelques temps après regagne seul la capitale. Resté dans le bassin minier, Bernard, lui, vit de menus travaux dans le bâtiment. Éloigné, le duo va pourtant emprunter le même chemin, en tout cas au début. « Un autre monde » À Paris, Patrick suit des cours d'arts dramatiques. À Lens, Bernard vient d'être opéré de l'appendicite quand il reçoit à l'hôpital un télégramme du « fascinant » Pialat, qu'il aime « comme un père » depuis le tournage de Passe ton bac . Le cinéaste a pensé à lui pour incarner à l'écran le frère de Gérard Depardieu dans Loulou , aux côtés également d'Isabelle Huppert. « Un super contrat blindé, un Smic par jour et des beaux hôtels, un autre monde auquel je ne me sens pas appartenir », confie Bernard, qui laisse ensuite filer des propositions de Rohmer et Beineix. « Je me suis retrouvé un jour chez Dominique Besnehard. Il a écouté son répondeur. Ce n'était que des messages d'acteurs en détresse, prêts à se suicider pour un rôle. Ça a fini de me décourager. » Rentré définitivement à Lens, le jeune homme passe son bac à 21 ans, s'inscrit en fac et devient prof de maths. Aujourd'hui, il exerce toujours dans le bassin minier et le grand bonheur de ce cinéphile pas fait pour être devant la caméra est sans conteste le projet de sa fille, Lucile, de devenir scénariste. Patrick, lui, s'attache à Paris et parviendra à vivre du cinéma pendant une dizaine d'années, partageant même l'affiche d'un film d'Agnès Varda, Sans toit ni loi, aux côtés de Sandrine Bonnaire. Avant de renoncer à son tour au septième art, à la faveur d'« une passion plus belle et plus forte ». Il sera ordonné prêtre le 15 novembre prochain dans l'Essonne. En présence de son pote Bernard. "

Légende des documents de haut en bas : 
- l'affiche du film
- «Chez Caron», le café en face de la gare où se retrouvaient les jeunes lycéens du bassin minier à l'aube des années 80.Photo D.R.

Des sites internet proposent une analyse de ce film. 
                                                                               



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