© Olivier JOOS - 2009/2015

Toute utilisation, totale ou partielle, des éléments contenus dans ce blog est strictement prohibée sans l'accord de son auteur.

Par politesse, merci de demander l'avis du rédacteur de ce blog avant de faire usage des textes et documents !!!

Toute citation du texte du blog ou des documents publiés doivent IMPERATIVEMENT être accompagnés de la mention :

"© Olivier JOOS http://cinemasdunord.blogspot.com/"

Le contenu de ce blog, les informations et documents sont répertoriés par OLIVIER JOOS. Ses avis et commentaires n'engagent que lui ! Le but de ce blog est de promouvoir et de créer une véritable Cinémathéque régionale Nord-Pas-de-Calais et Picardie, libre, populaire et ouverte, facilement accessible en plaçant le spectateur et la salle de cinéma au centre des recherches. C'est en soutenant ce choix qu'un tel lieu peut voir le jour ! CINEMASDUNORD, LE SEUL SITE INTERNET QUI PARLE DE CINEMA (salles et films tournés dans la région) DANS LA GRANDE REGION DES HAUTS DE FRANCE

vendredi 18 mars 2011

Document exceptionnel : les souvenirs de séances de cinéma d'un bruaysien


Voici un document exceptionnel car rare. J'ai très très peu de souvenirs d'anciens cinéphiles ou d'amateurs de cinéma qui se souviennent donc dans des récits de leurs premières séances de cinéma, ou de séances ordinaires. J'ai quantité de notes, textes et souvenirs d'anciens exploitants ou d'anciens projectionnistes (faciles à retrouver grâce aux associations historiques locales ou aux anciens annuaires professionnels), mais très peu de vrais souvenirs de ceux qui sont devant l'écran, profitant de ce spectacle des images animées.
Un grand merci à Mme Therese Formanczak de Bruay qui m'envoie donc un extrait du texte de son père qui a décidé de raconter ses souvenirs. J'ai essayé de retrouver des documents iconographiques (programmes, cartes postales anciennes des cinémas mentionnés, mais peine perdue... ). Je remercie vivement ces deux personnes pour cette contribution, ajoutant ainsi une nouvelle page à l'histoire de l'exploitation du cinéma dans notre région. Dans un prochain message, j'évoquerais à nouveau le texte de Charles Lemaire.


Voici donc les souvenirs de cinéma de Charles Lemaire, que l'on voit sur le cliché accompagnant ce message, nous replongeant ainsi dans les cinémas des années 20 et 30 :

" Chaque dimanche, au moment du repas de midi, Vincent, le patron du Cinéma Palace, rue du Bois, près du Boulevard du 6 passe dans la cité, s'arrête au milieu des corons, nous gratifie d'un roulement de tambour et annonce aux badauds le programme du jour : un documentaire, un film complet, un autre à épisodes, un second film complet, et « pour terminer un joli comique ».

Ca dure pas moins de quatre heures. Il faut dire qu'il n'y a qu'un seul appareil de projection qui nécessite de nombreux arrêts causés par les changements de bobines. Par suite de nombreux et graves incendies survenus dans les cinémas, la cabine a été récemment isolée par une construction à l'extérieur du bâtiment.


La séance en matinée débute vers les quinze heures. Une heure auparavant, une bande de gamins se tient à la porte d'entrée de la salle de spectacles et sitôt celle-ci ouverte par le patron, en se bousculant, se précipite sous la scène que domine l'écran et tente d'atteindre les deux cloches qui s'y trouvent. Les premiers arrivés s'en emparent et s'empressent de partir faire la tournée de toute les rues du quartier. L'un, tout fier, porte la lourde cloche en bronze qui ne teinte guère car, le bras pendant, il a bien du mal à la remuer. L'autre agite la petite qui sonne sans arrêt. Tout cela pour inviter les gens à se préparer pour le Cinéma.


Petit à petit le monde se présente à la caisse, mais la ruée, c'est quelques minutes avant le début de la séance : ça se pousse, ça se bat, c'est à celui qui arrivera à faire apparaitre sa tête au guichet . Les petits atteignent leur but en se faufilant entre les jambes des grands au risque de se faire écraser. Sur le côté, les gamines attendent sagement le retour des garçons chargés de prendre leur ticket. Pour les enfants, c'est 0,25 franc ( cinq sous) , pour les adultes c'est 1 franc (vingt sous).


Les premiers s'assoient en avant sur de longs bancs étroits sans dossier. Les grandes personnes s'installent dans des rangées de fauteuils en bois à siège basculant, séparés des jeunes par une barrière. A la porte d'entrée se tient une grande et forte femme à l'air rébarbatif qui indique les emplacements destinés aux arrivants, ainsi que le chemin à prendre pour atteindre le balcon, où les places sont à 1,50 franc.


La salle sent le renfermé et la masse des occupants y fait un vacarme infernal. On parle tous à haute voix,, debout on s'interpelle, on froisse des papiers de bonbons, on décortique des cacahuètes dont on écrase les déchets sur le plancher .La fumée des cigarettes monte jusqu'au toit en tôle ondulée.


On vient d'entendre le bruit des deux cloches signalant le retour de leurs porteurs qui les remettent en place. Ces deux là gagnent l'entrée gratuite au cinéma. On les envie. Vincent arrive dans la salle, muni d'une très longue perche qui lui permet d'atteindre la toiture, de soulever et de laisser se rabattre le dispositif d'aération. Toutes les lumières s'éteignent, mais le vacarme s'amplifie encore, marquant la joie des spectateurs à l'approche du spectacle par de redoutables piétinements. Il reste encore à fermer la porte d'entrée. Des jeunes ont assailli la vieille qui se défend âprement en interdisant farouchement l'entrée à un groupe de resquilleurs. Enfin, toutes les lumières se sont éteintes.. Le bruit s'atténue, mais de silence il ne peut y en avoir : les films sont muets.


.../...


Ces temps derniers ,on a joué « Les bateliers de la Volga », et il a été engagé un pianiste pour accompagner les images qui m'ont laissé un souvenir inoubliable. Par la suite, on a programmé une production relatant les batailles de la Grande Guerre. Dans les coulisses, une personne embauchée comme bruiteur actionnait vigoureusement une grosse caisse lors des images de canonnades et une grande crécelle pour imiter les mitraillages. A un moment, sur l'écran apparaissait un soldat s'apprêtant à tirer avec son fusil. Le coup partait, souligné par un bon coup de grosse caisse. Il eût mieux valu utiliser à ce moment un fusil de chasse avec une cartouche à blanc !


Pour aller au Cinéma Vincent, il ne fallait surtout pas y aller en habit du dimanche lors de la séance d'après-midi. Il n'était pas rare de se voir coller un chewing-gum au derrière en s'asseyant. Pas mal de jeunes copiaient les brigands des films qu'ils voyaient. Le patron, lors de l'entracte intervenait en les menaçant avec un fouet. Mais ces voyous, à la reprise, se vengeaient en traitant Vincent de voleur et en criant : « Remboursez, remboursez ! » lorsqu'une cassure se produisait, suivie d'une interruption momentanée. Il faut dire que dans la salle, on y enfournait un grand nombre de jeunes gens qui, manquant de place, s'agglutinaient tout le long de la scène, les yeux au niveau de la base de l'écran. Pour ma part, il m'est arrivé, étant plaqué à une extrémité avec une étroite vision de l'image, de voir tous les personnages avec de longues têtes.


Le lundi, à l'école, pendant la récréation, chacun racontait les péripéties du film de cow-boys. On entendait parler de « ch'jeune homme, de l'jeune fille, de ch'bandit, de l'bandisse »


Un jour , nous parvint la nouvelle que le prix d'entrée était changé « à mon Vincent ». C'était passé à dix sous. On n'y va plus ! Mais cette absence dura bien peu de temps. C'était, ô combien, la véritable distraction du dimanche !


.../...


Un superbe et grand cinéma vient d'ouvrir ses portes en plein centre de Bruay : c'est le Casino. Il se compose d'un vaste et attrayant vestibule pouvant contenir près d'une centaine de personnes leur permettant d'atteindre l'une ou l'autre des caisses en suivant les rampes de circulation situées sur les côtés. A la suite, deux larges portes battantes, près desquelles se tiennent les contrôleurs de billets, donnent accès à un grand hall avec son bar, ses confiseries ainsi que le chemin conduisant aux toilettes. De part et d'autre de la cabine de projection se trouvent les entrées de la profonde salle de cinéma. Se déplaçant sur un tapis rouge en pente douce, les spectateurs , munis de leur numéro de fauteuil se rendent à leur place dirigés par une ouvreuse.

En bas, non loin de la scène, sont placés quelques rangées destinée au Parterre .


Derrière elles, s'aligne une quinzaine de rangées réservées aux Premières. Puis s'intercale une série de Baignoires suivie par tous les fauteuils des Secondes.


Partant du fond du hall, de chaque côté, un large escalier mène au Balcon disposé en amphithéâtre au bord duquel sont installées des Loges.


Le Casino peut accueillir deux mille personnes. Les fauteuils placés en quinconce n'occasionnent aucune gêne de visibilité. En bout de chaque rang, sont fixés des strapontins escamotables.


Chaque dimanche, une heure avant le début de la séance d'après-midi, une sono fait entendre toute une suite de tonitruantes marches américaines, entre autres « La Marche du Colonel Bogey » ...


Encore merci pour ces délicieux souvenirs, en espérant que cela donnera l'envie à d'autres lecteurs de m'envoyer également les leurs !!!

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    J'ai découvert ce matin avec un grand intérêt votre blog sur le cinéma dans le Nord-pas-de-Calais. Je suis content de découvrir un tel blog avec autant d'information, étant moi-même de la région, vivant dans le Nord et étant auteur-réalisateur !
    Je suis donc pleinement intéressé par votre site. Vous pouvez retrouver mon propre blog avec mes films et mon actualité sur http://bartonthinkproduction.blogspirit.com
    En espérant que mon propre blog vous plaise.
    Bonne continuation
    Michael Dessein

    RépondreSupprimer