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vendredi 11 février 2011

La salle Saint-Cyr de Angres


Voici un excellent article sur une petite ancienne salle méconnu du bassin minier du Pas-de-Calais, la salle de cinéma Saint-Cyr de Angres, petite commune à proximité de Liévin. Signé par Jacques Deligne, je vous propose cet article provenant de La Voix du Nord du jeudi 3 février 2011.

Le bâtiment, toujours impressionnant, avait été bâti en 1937 par les paroissiens : c'était la salle Saint-Cyr, du nom du saint auquel la paroisse est dédiée.
C'était alors l'âge d'or du cinéma et les séances étaient fort suivies. Il suffit de se rappeler que Lens possédait, avec l'Apollo, la plus grande salle au nord de Paris et qu'à l'époque les autobus qui s'arrêtaient place de la Gare déversaient de grandes quantités de spectateurs qui repartaient, à la fin des séances, vers toutes les communes des environs ! Liévin possédait alors trois salles dont la programmation était certes moins prestigieuse mais tout aussi fréquentée. C'était alors un loisir bon marché et la télévision ne l'avait pas encore concurrencé. De nombreux curés s'étaient émus du succès du 7e art, particulièrement bien développé par les Américains. Place donc à une programmation soft et annotée par l'Office catholique du cinéma. La guerre ne fit que conforter ce succès, car les gens répugnaient à sortir tard le soir, quand ce n'était pas le couvre-feu qui les retenait chez eux. Ce fut le triomphe du cinéma français avec aussi la sortie de quelques films allemands en Agfacolor comme Le Baron de Munchhausen. Le cinéma français recherchait, lui, les situations plus sentimentales ou psychologiques. Aux côtés des grands acteurs de l'époque comme Raimu, Fernandel, Viviane Romance ou Danièle Darrieux, on vit aussi Tino Rossi qui triomphait déjà à la radio. À Angres le cinéma faisait le plein, les places étaient bon marché et l'on ne cherchait pas les bénéfices. Cela allait encore durer pendant les années cinquante, mais la télévision gagnait des parts de marché et les salles se vidèrent peu à peu jusqu'à ce que la recette ne suffise plus à payer la location des films, le chauffage et l'électricité. La salle Saint-Cyr fut transformée en entrepôt. En 1970 elle fut l'objet d'un épisode à la Peppone. Les élections municipales portèrent à la mairie la liste communiste. L'une de ses promesses portait sur un local où les jeunes pourraient exercer des activités. On était alors à l'époque des Maisons de jeunes et ce grand local inoccupé aurait bien fait l'affaire. Mais en dépit des efforts déployés par André Zamora et Claude Vanzavelberg, adjoint à la jeunesse, le comité Saint-Cyr, propriétaire des murs, refusa de louer le bâtiment. On construisit donc le foyer Lanvin qui fut abattu début 2010. On a pu croire à un moment que la salle allait être abattue elle aussi. Il n'en est rien. Elle subit des travaux lourds car il a fallu enlever les tôles du toit en eternit qui contenaient de l'amiante. On prête au propriétaire de la salle le projet de le diviser en studios pour étudiants, ce qui correspond à une demande. Ainsi va la vie et, dans quelques années, qui se souviendra des milliers de spectateurs que cette salle accueillit ? • JACQUES DELIGNE

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