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mercredi 4 août 2010

Les cinémas de Bailleul, des origines au Flandria

Un grand merci à Daniel Granval pour le texte ci-dessous, présentant l'histoire des salles de cinéma à Bailleul, ainsi qu'une présentation de l'actuel Flandria... Encore un grand merci à lui !!!

En 1910 eut lieu à Bailleul la première séance inaugurale à l’hôtel du « Canon d’or ». Les prix variaient entre 1 francs et 0,25 francs. On y présentait une série de dix petits films parmi lesquels « Zigomar a mangé une éponge », « La famille Panouillard à Lunapark », « Les singeries du Dr Ravioli » et « Angoisse de Thelo ».
En 1925, apparaissent régulièrement dans la presse locale, les programmes de deux cinémas. Il y avait le « Palace » rue des Moulins et le cinéma « Nelle Vanuxem » dans la rue d’Ypres. Il y avait également le « Renaissance » rue de Cassel qui faisait également café-restaurant. L’exploitant y organisait aussi régulièrement des bals. La direction était alors assurée par Levy-Cateau. Il y a donc eu une période au cours de laquelle Bailleul avait trois cinémas. Le « Renaissance était mis en vente en juillet 1928. L’ensemble de la propriété comportait 542 m². La salle était équipée de fauteuils pliants à rangées mobiles et le hall d’un comptoir. C’est probablement Monsieur F Herreng qui en fut l’acquéreur et l’exploita au début des années trente. La salle était aménagée dans un baraquement. Les exploitants de ce cinéma ont évacué en 1940 et la salle est restée fermée plusieurs mois. Ils ne sont pas revenus et ont préféré vendre leur affaire. C’est Monsieur Ryckebusch qui l’a repris au début de l’occupation. « La Renaissance » a tourné pendant tout le reste de la guerre. A l’issue du conflit, le propriétaire fit construire en bâtiment en dur autour du baraquement, tout en continuant l’exploitation. C’est ainsi que fut créé le « Casino »au 10 de la rue de Cassel. Cette salle comportait plus de mille places. On y faisait souvent des bals. Monsieur et Madame Ryckebusch y aurait même reçu Johnny Halliday. A l’époque, les distributeurs lillois étaient lassés par certains exploitants qui « oubliaient » de déclarer la totalité des recettes. Ils soupçonnaient l’exploitant du Casino d’en faire partie. D’autre part selon eux, celui-ci abusait de sa position de monopole sur Bailleul, et ils auraient aimé qu’il y ait un concurrent. Pour une ville comme Bailleul, un seul cinéma, ça n’était pas beaucoup. A l’époque il y en avait deux à Merville, qui était une commune plus petite. Ainsi, lorsqu’ils apprirent que le jeune Pierre Delabaere qui avait déjà des membres de sa famille dans l’exploitation était intéressé pour s’y lancer à son tour, ils l’encouragèrent à s’installer à Bailleul. Pierre Delabaere avait deux frères qui exploitaient chacun une salle dans la région de Maubeuge et un oncle qui était installé à Avesne sur Helpe.
La première projection eut lieu au Flandria la semaine de la Toussaint de l’année 1948 avec le film « La pocharde ». La projection se faisait en 16mm. Pierre Delabaere s’était installé dans une salle qui servait aux combats de coqs et comme marché couvert pour les fermiers le mardi. Après une période d’essai d’un an, il passa au 35 mm et apporta quelques transformations de la salle. Notamment, il rehaussa le plafond qui était trop bas pour le nouveau format de projection. Le premier film programmé en 35 était « Pour qui sonne le glas ». Le fond de commerce appartenait à Charles, Jacques, Jean et Pierre Delabaere. En juin 1952, les trois premiers ont signé un bail à l’encontre du quatrième, lui accordant la gérance libre pour une durée d’un an reconductible chaque année. Les locaux appartenaient à Madame veuve Croquette-Huyghe qui en resta propriétaire jusqu’au rachat par la ville de Bailleul en 1991. A l’époque, Monsieur Delabaere payait un loyer de deux milles francs par an à Madame Croquette pour les bâtiments et soixante milles aux propriétaires du fond de commerce. Nous avons noté un petit amusant dans le bail en question. Il est précisé dans les conditions à l’alinéa 2 que le preneur devrai faire en sorte de n’avoir que de bons rapports avec la clientèle. Lorsqu’on connait Pierre Delabaere, c’était vraiment une précision superflue.
Monsieur Delabaere devait cohabiter avec le café voisin et notamment partager les mêmes toilettes. Cela l’obligeait de distribuer des tickets de sortie à l’entr’acte aux spectateurs qui allaient aux toilettes pour éviter les fraudes.
Le 9 juin 1950 Monsieur Ryckenbusch était condamné par le CNC à payer une amende qu’il refusa de régler. Après plusieurs appels sans effet, le directeur général du Centre National de la Cinématographie décida le 6 décembre de la fermeture du « Renaissance » » pour la période du 15 décembre 1950 au 15 janvier 1951. Devant cette menace imminente l’exploitant finit par céder et paya l’amende. Le 26 décembre 1950 le préfet écrivit au commissaire pour l’informer qu’il avait été avisé par le CNC que la décision de fermeture était du fait que le responsable de l’établissement avait payé l’amende dont il était redevable.
Deux ans plus tard, Monsieur Ryckenbusch se montra plus malin. Pour ne pas avoir versé une nouvelle amende qui lui était infligée et suite aux menaces de l’organisme officiel de fermer sa salle, Monsieur Ryckenbusch avait en fait déposé au conseil d’état le 24 novembre 1951 un recours enregistré sous le n°17.722. . Le CNC malgré les deux notifications qu’il envoya en 1952 à l’exploitant ne pouvait sanctionner celui-ci aussi longtemps que le conseil d’état n’avait pas statué sur le litige.
Le « Casino » a fermé vers la fin des années soixante. Il est devenu un magasin de soldes en textiles. En 1990, Pierre Delabaere éprouve des difficultés à passer la crise de l’exploitation qui sévit dans cette période. Les entrées ont baissé. Régulièrement, la salle ferme au prétexte de travaux, mais personne n’est dupe. Le « Flandria » est malade. Il prend des contacts avec Jean Delobel, le maire de la commune qui est un passionné de cinéma et un ancien client assidu des cinés Clubs. Un accord est passé entre l’exploitant et la ville. Monsieur Delabaere cesse son activité le 31 décembre 1990. Le « Flandria » est fermé pour une courte période, le temps que certaines formalités soient accomplies. La ville rachète les locaux à Madame Croquette et confie la gestion du cinéma à une association « l’OMJCEP ». Daniel Granval, bénévole depuis plus de vingt ans au Familia de Merville propose gratuitement ses services. Il est nommé coordinateur et Vice président de l’association, responsable de la partie cinéma. Un salarié à temps plein est embauché et une équipe de bénévoles est constituée. L’OMJCEP crée une commission cinéma pour faire participer les habitants à la vie de leur salle. C’est avec une nouvelle équipe que redémarre le « Flandria » le 1er février 1991. Certaines personnes pessimistes prévoyaient un gouffre financier en faisant référence à certaines situations catastrophique dans la région. Le maire de Bailleul, lui y croyait. Sa croyance était renforcée par le point d’Henri Deschamps, président de la chambre syndicale et Monsieur Tavernier, le délégué du CNC. Daniel Granval pensait qu’avec une bonne gestion, la subvention d’équilibre de 75000.00 francs accordée par la municipalité était largement suffisante pour faire fonctionner un cinéma. Cela se confirmait, et au terme du premier exercice, elle fut même réduire à 70000.00 pour montrer symboliquement qu’une salle municipale n’était pas un gouffre financier. Depuis, l’expérience de Bailleul s’est reproduite dans de nombreuses communes de la région, Merville, Aires sur la Lys, Desvres, Marcq en Baroeul, etc.
Le « Flandria » avait cependant besoin d’un lifting. Un dossier bien monté permettant une participation de l’état grâce à l’aide sélective, du département et de la région a permis d’en financer une bonne partie. Il n’y a plus d’entrée directe sur la rue. Les spectateurs accèdent au cinéma par un hall, petit, mais convivial et sympathique. L’entrée se fait par le fond de la salle et les fauteuils sont centrés. Une pente permet une meilleure visibilité. La décoration est sobre. La cabine a été entièrement rénovée, et grâce au plan son géré par le Centre National de la Cinématographie, le « Flandria » est équipé du dolby digital. Ces travaux, un accueil convivial et une programmation qui offre des films rapidement ont permis au cinéma de Bailleul de voir arriver le « Kinépolis » avec sérénité. Depuis l’ouverture du géant de Lomme, les entrées ont légèrement augmenté. La salle tourne environ à vingt mille entrées par an pour une estimation de départ de treize milles. Cela a permis de réaliser des excédents qui ont financé certains aménagements, démontrant ainsi une fois de plus que le pessimisme n’était pas de rigueur.
Certains appellent Bailleul « Le Hollywood des Flandres ». C’est vrai qu’on y tourne régulièrement des films. Les plus médiatisés sont les œuvres de Bruno Dumont « La vie de Jésus » et « L’humanité ». Le premier attirait une foule considérable au Flandria. Les Bailleulois étaient curieux de voir comment était représentée leur ville dans un long métrage. La salle était comble lors d’un débat avec le réalisateur. La discussion dura plus d’une heure et demie. Le second attira moins de monde, mais le cinéma de Bailleul enregistra quand même l’un des meilleurs scores du film. Il faut dire que malgré les récompenses Cannoises, et notamment les prix d’interprétation pour Séverine Caneele et Emmanuel Schotté, « L’humanité » n’a pas connu un succès public. Il a réalisé moins d’entrée en France que « La vie de Jésus ».




Daniel Granval




Légende des photos : Deux vues de l'intérieur du Flandria lors de la projection de "Welcome"

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