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mercredi 12 août 2009

Le Regency de Saint-Pol-sur-Ternoise

Mars 1981, le cinéma Familia de Saint-Pol-sur-Ternoise ferme ses portes, privant définitivement les saint-polois et le territoire environnant de cinéma. Cette situation va durer pendant près de 7 ans. Pendant toute cette période, il n'y a plus aucun cinéma au sud du département du Pas-de-Calais, rien entre Arras et Montreuil-sur-Mer. C'est en 1988 que l'idée de renaissance d'une activité cinématographique dans ce « désert » germe. Elle est d'abord liée à un breton, Serge Crinon, qui apprend l'existence de cette zone vide de cinéma, voyant là un moyen de redonner sa chance au cinéma et de lancer une entreprise viable avec un fort potentiel de spectateurs. La municipalité voit dans cette éventualité, la possibilité de donner un nouvel élan cultuel à Saint-Pol. La ville met alors en location la salle du rez-de-chaussée de la chapelle des Soeurs Noires, ancienne salle des fêtes municipale après la seconde guerre mondiale et ancien cinéma Familia, avant le transfert rue du Général de Gaulle. D'importants travaux de rénovation ont alors lieu dans ce bâtiment historique classé. On retrouve alors notamment un ancien cimetière lors de la mise en pente du sol de la salle. Situé ainsi dans une ancienne chapelle, on entre ainsi en communion avec le cinéma. A l'étage du bâtiment se trouve le musée municipal, notamment alimenté par les fouilles entreprises pour le mise au norme de la salle. Déjà dans le métier, Serge Crinon fournit le matériel de projection. C'est en février 1988 que la salle, dénommée Regency, est inaugurée. Avec 140 places disponibles, l'exploitant envisage pour la viabilité de son entreprise, une fréquentation de 20 à 25.000 entrées. Hélas, plus d'un an plus tard, la réalité est tout autre avec un nombre de spectateurs ne dépassant pas les 15.000. Les problèmes financiers s'accentuant, Serge Crinon doit abandonner l'activité à Saint-Pol. Aujourd'hui, il est devenu directeur du cinéma Concorde de Pont-à-Mousson.
Pour perpétrer son investissement, la municipalité reprend l'exploitation et la confie à une S.A.R.L. « Promo-Ternois » dirigée par le Dr Grave et M. Grivart. Le cinéma vivote, mais continue. En 1995, suite aux élections municipales, la ville change d'édiles et la nouvelle équipe résilie le contrat avec « Promo-Ternois » pour confier la gestion du Regency à une nouvelle association nouvellement créée : « Culture et Cinéma en Ternois » dirigée par Jacky Patou. Mais les entrées ne décollent toujours pas et les difficultés financières persistent et s'accroissent. Mars 2001 : nouvelle élection municipale, nouveau changement d'équipe à la mairie, nouvelle structure pour le Regency, géré par l'association « Culture et Cinéma en Ternois », présidée par Rémy Cachera. La direction est confiée à Jean-Marie Deneuville qui va impulser un nouveau souffle dynamique au cinéma du Ternois.
Le Regency, version Deneuville, va passer à la vitesse supérieure. La mairie reste propriétaire des murs et ne s'occupe que des charges, alors que l'équipe dirigeante du Regency a pour mission de gérer le cinéma et de le booster. Par ses choix judicieux, la politique de relance du cinéma va se révéler payante. L'une des clefs de la réussite est l'implication du tissu scolaire dans le fonctionnement du Regency, permettant ainsi de créer un véritable lien entre le cinéma et le jeune public, fidélisant ainsi les spectateurs potentiels. Dès 2001, le dispositif « école et cinéma » est accordé au Regency. A la rentrée 2007, au lycée Châtelet, une option cinéma est proposée aux élèves. Lors de cette rentrée 2009, cette option est proposée aux terminales, témoignant d'une indéniable réussite de cette éducation à l'image. Entre temps, un projectionniste est embauché. La programmation du Regency est une véritable recette et est un des fondements de l'essor du cinéma. Présentant 2 à 3 films par semaine, la salle de St-Pol-sur-Ternoise essaie de proposer un film commercial, souvent en sortie nationale, une œuvre type art et essai, et un film pour enfants. Une autre clef gagnante du Regency est de proposer quasiment une fois par mois un événement : un ciné-concert, une soirée-débat, un partenariat,.. Parmi les événements organisés par le Regency, on peut citer une soirée organisée avec le circuit du Ternois pour la sortie de « Fast and Furious », une soirée-débat avec Amnesty International, un ciné-concert, un film « Soleil Vert » suivi d'un débat avec Marie-Christine Blandin... En 2004, le Regency dépasse les 24.000 spectateurs, et va atteindre les 29.330 entrées en 2008 (notamment grâce à « Bienvenue chez les ch'tis »). Un véritable lien s'est crée entre le cinéma et les spectateurs, une réelle complicité entre la direction et le public. Sa zone de chalandise est plus ou moins vaste suivant la proximité ou non d'une autre salle. Le Regency attire les spectateurs environ 30 kilomètres à la ronde. Les fidèles du cinéma viennent de St-Pol et des environs, mais aussi de Frévent, d'Auxy-le-château, d'Aubigny-en-Artois vers Arras, vers Hesdin également. Au nord de St-Pol, quelques spectateurs viennent de Fruges. Mais l'influence du Regency est freinée par le O'Ciné de Saint-Omer et le Méga CGR de Bruay. La politique de communication et d'information du Regency est dynamique avec un site internet vivant (450 abonnés qui reçoivent par mail le programme du cinéma), de nombreux flyers distribués lors des événements et des programmes disponibles dans de nombreux petits commerces, les mairies, offices de tourisme, les campings à la belle saison. En tout, 4.500 exemplaires du programme fait de A à Z par le personnel du Regency et proposant les films pour les trois semaines à venir, sont disponibles dans 350 points de distribution. Parce qu'il est situé dans un bâtiment historique classé aux normes strictes, la direction du Regency a du batailler pour pouvoir installer deux panneaux extérieurs afin de placer les affiches.
La renommée du Regency s'est faîte aussi par les avant-premières nationales qui se sont succédés depuis quelques années et par le dynamisme de Jean-Marie Deneuville puis de Laurent Coët. Celles-ci ont eu un véritable retentissement tant localement que nationalement. C'est avec « Joyeux Noël » de Christian Carion, sorti le 9 novembre 2005, que la notoriété du Regency s'impose. En effet, c'est parce que le film doit sortir une semaine avant sa sortie officielle afin d'être sélectionné aux Oscars pour représenter la France, que le distributeur UGC cherche une salle sur tout le territoire. Grâce aux contacts entre Deneuville et Carion, natif de Cambrai, lors du tournage d' «Une hirondelle a fait le printemps », le choix d'UGC se fait vers la petite salle de St-Pol. De plus, une partie du tournage de « Joyeux Noël » a été réalisée au château de Bryas, ce qui a aussi facilité le choix porté vers la salle saint-poloise. Grâce à cette avant-première d'une semaine, le Regency permet à « Joyeux Noël » d'être sélectionné pour les Oscars. L'équipe du Regency apprend la nouvelle fin août 2005. C'est une véritable effervescence qui va aller crescendo avec l'annonce de la participation de toute l'équipe du film à cette avant-première, et notamment la venue de DanyBoon. Des communiqués de presse sont lancés, notamment vers les principaux média du pays. Alors que la salle ne peut accueillir que 140 spectateurs, le Regency reçoit plus de 1500 demandes pour la séance avec l'équipe du film. Le dimanche, avec l'arrivée de DanyBoon, tout Saint-Pol est bloqué. Le réalisateur est reçu avec un concert de cornemuses. Pendant une semaine, 5 projections par jour pour les particuliers et les scolaires se déroulent. Un projectionniste en free lance est même embauché. La salle enregistre 3000 entrées en une semaine alors que le film n'est pas encore sorti et qu'il n'y a pas de véritable promotion nationale. Le choix du Regency a été un bon choix puisque la salle saint-poloise entre ainsi dans le top 10 du ratio par habitants des petites salles, prouvant ainsi l'impact de la salle dans Saint-Pol et ses environs. Cette fois, le Regency est vraiment la salle de cinéma de la ville, un véritable symbole, un acteur incontournable de l'environnement social, culturel et économique de Saint-Pol et des environs. Avec ce succès, le producteur Christophe Rossignon promet de revenir. Avec la réussite de « Joyeux Noël » au Regency, la salle va multiplier les avants-premières et les venues d'artistes, d'acteurs, de techniciens,... Ainsi, DanyBoon revient en mai 2006 pour l'avant-première de son film « La Maison du Bonheur ». En septembre, Rossignon tient son engagement et propose en avant-première aux saint-polois « Je vais bien, ne t'en fais pas », futur succès de cette année là. Aux élections professionnelles de 2006, Jean-Marie Deneuville est élu vice-président de la chambre syndicale des exploitants aux côtés de Michel Vermoesen. Mais un an plus tard, en septembre 2007, le Regency entre dans une période difficile avec le décès prématuré de son directeur charismatique, Jean-Marie Deneuville. Malgré des mois difficiles, l'équipe décide de continuer le travail. « The show must go on », et une séance a lieu le jour de l'enterrement du directeur. Les premiers mois, la direction de la salle se fait à vue, au jour le jour. Laurent Coët devient directeur de la salle et un nouvel agent administratif est engagé. L'année 2007 voit aussi une baisse de 2% des entrées. Mais 2008 va changer la donne avec le rouleau compresseur « Bienvenue chez les ch'tis ». Le film va être à l'affiche à Saint-Pol pendant 6 mois, de fin février à fin août, totalisant pour ce seul film plus de 10.000 entrées. Les premières semaines, l'équipe du Regency est même dépassé par les événements. La vente des billets s'effectue non stop de 13 h à 20 h et les spectateurs achètent leu billet une semaine à l'avance. On peut discuter des qualités ou défauts du film, de l'image qu'il renvoie d'eux-mêmes aux habitants du Nord, mais surtout, comme Titanic de James Cameron, il a fait retourner vers les salles obscures des gens qui avaient déserté le cinéma. Ainsi, on demande au personnel du Regency les places numérotés, on réclame l'ouvreuse, ou un entracte... Cependant, le film de DanyBoon n'est pas mieux traité que les autres. Ainsi, malgré les demandes, les autres films ne sont pas sacrifiés, et ont leur même nombre de séances prévus. Il en est ainsi de « Into the Wild » de Sean Penn, présenté au Regency, la même semaine que le film de Danyboon. Cependant, comme de nombreuses salles, le Regency va souffrir de l'après « Bienvenue chez les ch'tis ». Il va falloir négocier le virage. Cela est notamment possible avec le retour de Christophe Rossignon qui propose aux saint-polois en avant-première : »Mes Stars et moi » avec Kad Mérad. En 2009, Laurent Coet poursuit la politique dynamique du Regency et obtient pour la 8ème année consécutive l'agrément Arts et Essais. La ténacité de Laurent Coët est également récompensé lorsqu'on lui propose, en complément de la direction du Regency, le poste de coordinateur régional pour le jeune public de l'Association française des cinémas d'art et d'essai. C'est une reconnaissance pour l'ensemble du travail accompli dans la programmation et dans l'organisation d'événements. L'intégralité du travail donné par le cinéma se fait en interne. De l'accueil du public à la programmation, des taches administratives à la mise à jour du site internet, de l'organisation des rencontres à l'entretien des locaux en passant par la conception des programmes « papier » et de la maintenance du matériel, tout se fait en interne, par les trois membres du Regency. L'équipe du cinéma, composé de Laurent Coët, Dominique Jamoneau et Christophe Dartois, poursuit son travail quotidien de faire perdurer la salle, malgré les défis, notamment le prochain passage au numérique.
Sources : Merci à F. Masse et R. Cachera.
Un grand merci à Laurent Coët pour son accueil.
http://www.leregency.fr/ [ le site inévitable de la salle]
http://www.lycee-chatelet.org/ [ site du lycée Châtelet de St-Pol-sur-Ternoise, cliquer sur l'onglet formation et l'option cinéma apparaît, cliquer dessus ]

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