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lundi 9 mars 2009

Le cinéma à Noyelles-Godault


Au centre-ville de Noyelles-Godault se dresse la vaste bâtisse du cinéma Concorde, à droite de l’église lorsque l’on se trouve sur la place du Général de Gaulle. Cette salle est liée au destin et à la vie de son exploitant depuis plus de soixante ans, Mr Robert Millon.
Né de parents bateliers à Alfortville juste après la première guerre mondiale, Robert Millon découvre le cinéma et la projection vers l’âge de 8 ans sur la péniche familiale en s’amusant avec des lentilles, des miroirs, des loupes et en confectionnant des bandes, etc…Ensuite, c’est la vue de son premier film à Saint-Quentin qui fait basculer Robert Millon dans le monde des images animées. Le couple Millon et ses trois garçons finit par s’installer à Noyelles-Godault en 1929, notamment pour résoudre le problème scolaire et le suivi des études des enfants. En janvier 1930, les premières représentations cinématographiques ont lieu dans la toute nouvelle salle paroissiale, située près de l’Eglise. Cette salle a été construite par les Mines de Dourges. Et c’est en 1935, à l’âge de 16 ans que Robert Millon commence son activité de projectionniste. Il passe dans la cabine et devient l’apprenti - assistant du projectionniste de cette époque, Fernand Frémy avec lequel il se lie d’amitié. Il se souvient de son premier film projeté : « Zigano » de Harry Piel. C’est la folle époque du cinéma muet. Les gens lisaient à voix haute les cartons présentant les dialogues et les gens parlaient et riaient pendant les comiques. Le cinéma reste une passion pour Robert Million et c’est donc tout naturellement qu’il est bénévole dans la gestion de la salle paroissiale. Cependant, il faut bien travailler. Il entre à la Compagnie des Mines de Dourges et travaille aux Ateliers Centraux à Hénin-Liétard. Les jours et les semaines passent au gré du travail et des projections de films. Robert Million se souvient des films passés, notamment une des premières versions de « Belphégor », en muet, projeté vers 1936, grand film de 21 bobines.
1938 est l’année de tous les changements pour le cinéma. D’abord, c’est l’année de l’installation du parlant avec pour premier film un nom étrange et amusant pour cette première parlante : « L’Appel du silence » !! Ensuite, autre événement qui accompagne la mutation du parlant, la salle change de nom pour devenir « Le Populaire », montrant ainsi que c’est bien un lieu pour le plaisir du peuple. Nous sommes alors en période post-Front Populaire, dans une commune bien ancrée à gauche et ce nom reflète bien l’ambiance de l’époque. Cependant, le cinéma est encore rattaché à la paroisse et ce changement de nom suscita tout de même quelques critiques. Noyelles-Godault vit l’immédiat avant-guerre dans une pleine frénésie cinématographique avec trois salles : « le Populaire », le Familiy » et une autre petite salle de quartier : le Ciné Salon Genty, rue Victor Hugo et dirigé par Ernest Genty et qui projetait des films parlants grâce au célèbre projecteur Pathé Rural, 17 mm. La petite salle était décorée des affiches des anciens films projetés, comme des trophées de chasse…
Mais peu de temps après, c’est le coup de tonnerre de 1940. Robert Millon part à la guerre, alors qu’il effectuait son service militaire et les habitants de Noyelles ferment le cinéma. Après la débâcle, il est nommé à Périgueux afin de servir à la caserne comme garde-magasinier. Les autorités occupantes réouvrent la salle en 1942 afin de distraire les troupes, mais aussi pour utiliser le pouvoir d’attraction des images afin de faire de la propagande. Un mois après la réouverture, Robert Millon revient à Noyelles-Godault en octobre 1942. La fermeture de la salle pour une période d’une semaine environ est un moyen de répression contre les habitants face aux actes de la résistance qui se multiplient.
1944. La Libération. Deux salles se partagent les faveurs du public noyellois : « Le Populaire » et « Le Family ». Les bâtiments du « Populaire » sont racheté par la paroisse. L’affluence est totale et les salles continuellement pleines, quelque soit le film proposé, malgré le fait qu’il ne s’agissait jamais de films récents. Robert Million accepte un poste de conseiller municipal et d’adjoint au maire. Ses journées de travail sont longues et ses week-ends inexistants. Sa vie se partage entre son travail aux Ateliers Centraux, la gestion de la salle et les projections, ses nouvelles activités municipales ainsi que l’Association d’Education Populaire Saint-Martin dont il est président.
Les années 50. Nouveaux travaux et donc nouveau nom de baptême. « Le Populaire » devient le « Cinépax ». Les années passent et Robert Millon projette des kilomètres de bobines face à la population. C’est la grande ferveur. Des couples se forment, des enfants rêvent devant le spectacle toujours renouvelé des images animées. Face au Cinépax de l’autre côté de la place, se dresse l’autre salle importante de Noyelles-Godault, le Family dirigé par Emile Lemaire, électricien aux mines de Dourges et qui a pris la succession de la famille Magniez. Les deux salles se partagent le public et la concurrence n’est qu’amicale, même s’il y a parfois quelques tensions. Robert Million se souvient par exemple de l’épisode de la Goldwin Mayer. En effet, Emile Lemaire avait l’habitude de prendre à Lille chaque vendredi après-midi pour sa salle de grands films de la Goldwin qui avait une succursale à Lille. Un film est convoité entre les deux cinémas noyellois. Il s’agit du « Bal des Sirènes ». C’est Robert Million qui réussit la transaction et diffuse le film. L’affront est fait et dorénavant, vexé, Emile Lemaire cessera de projeter des films de la Goldwin Mayer.



Les années 70. Période de crise avec un nouveau changement de nom. La France découvre alors son avion supersonique, se passionne et est fier du Concorde. Qu’à cela ne tienne, Robert Million, par soucis de publicité, fait du « Cinépax », « le Concorde », plaçant sa salle dans le sillage du grand oiseau blanc. Il a pourtant hésité, ayant d’abord souhaiter le rebaptiser « Le Marignan », en souvenir de la salle de sa jeunesse qui l’a tant charmé lorsqu’il été à Périgueux. Mais « le Concorde » perd aussi son concurrent avec la fermeture du Family au début des années 70. Robert Million part en retraite et quitte donc sa fonction aux Ateliers Centraux en 1974 pour se consacrer pleinement à sa passion.
Ces dernières années, « Le Concorde » a connu une nouvelle mutation avec de nouveaux travaux, cette fois sans changement de nom. La salle est réaménagée, un nouveau projecteur est installé et le bar est transformé. De plus, une association gravitant autour du cinéma est crée et elle peut racheter les bâtiments au diocèse. En 1996, Robert Million est président, directeur et gestionnaire du cinéma. De plus, Robert Million aide un nouveau projectionniste, Guy Virriot, opérateur depuis l’âge de 15 ans, à prendre progressivement les rênes de l’établissement. Aujourd’hui, à l’ombre de la menace du multiplexe Gaumont d’Hénin-Beaumont tout proche, « le Concorde » essaie tant bien que mal de continuer d’exister. Mais la coup de grâce définitif est porté le 31 décembre 2000 avec la dernière séance du Concorde et de Robert Millon… Toute sa vie, et bénévolement, le célèbre projectionniste noyellois a donné du rêve aux habitants de sa commune.


Sources :
Un grand merci pour Mr Robert Million et ses passionnants souvenirs
Article de Luc Brémaud, La Voix du Nord, 31 juillet 1996, Edition Hénin-Carvin.

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