Le retour des salles de cinéma en centre-ville
Alors qu'à la fin du siècle dernier le cinéma désertait le centre-ville pour envahir la périphérie, s'accolant aux immenses centres commerciaux reliés par des voies express et autres rocades jusqu'aux cœurs des villes, force est de constater le retour du cinéma au cœur des villes depuis quelques années dans notre région.
En effet, dans les années 1990 / 2000, le cinéma cherche alors le gigantisme multipliant les salles, l'offre.... et les prix pour tenter de rebondir et d'exister en suivant la grande mode des multiplexes dernières générations, cherchant sur l'ensemble du territoire des Hauts de France à s'implanter dans les périphéries et zones pavillonnaires. Les grands agglomérations ont d'abord été impactées avec comme fer de lance l'ouverture du Kinépolis à Lomme, et ses 21 salles. Ont suivi dans la foulée le Pathé de Liévin ou le Gaumont de Coquelles. Ces exemples s'adossent immanquablement à un immense centre commercial afin de maximiser l'impact. L'objectif non avoué alors est de siphonner les spectateurs des cœurs urbains et de lui proposer un spectacle cinématographique dans des salles modernes aux écrans immenses, avec l'assurance d'une place de parking.... parfois située à plusieurs centaines de mètres de l'entrée du complexe comme cela peut être le cas au Kinépolis.
Dans les années 2020, cette époque là semble sur la voie descendante. Tout d'abord, la zone de chalandise, d'attractivité et d'implantation pour ce type de multiplexes arrivent à saturation. Toutes les grandes villes puis les villes moyennes sauf exception ont un complexe en périphérie : Hénin-Beaumont, Bruay, Valenciennes, Amiens, etc.... Deuxièmement, on remarque que ce type de lieu suit également la courbe stagnante puis fléchissante et descendante du nombre de visiteurs (et donc de consommateurs) des centres commerciaux. Depuis quelques années, ce modèle s’essouffle et peine à se redynamiser, sauf à se réinventer. Le public et les clients désertent les lieux, attirés davantage par les achats en ligne, Amazon, Shein, Temu mais aussi les achats de seconde main ou même un retour dans les centres commerciaux piétonniers des grandes villes. Le cinéma semble connaître la même courbe. Certes, les multiplexes périphériques continuent de faire le plein mais depuis quelques années, on assiste aussi à des réouvertures de mini-complexes cinématographiques au cœur des villes avec comme dernier exemple en date le cinéma Arsenal de Valenciennes et ses 6 salles proposant un total de 900 places. Ce complexe à taille humaine a été inauguré au début du mois de février 2026. Auparavant, d’autres villes, plutôt de taille moyenne ont vu des ouvertures dans leurs hypers-centres : le cinéma Palace de Fourmies en juin 2022, le nouvel Arc en Ciel à Hazebrouck, le cinéma Les Etoiles de Béthune. Il y a également des projets de réimplantation à Lens dans un vaste cadre de rénovation urbaine afin de proposer du 7eme Art et d'éviter la fuite des cinéphiles lensois vers Liévin, à Bapaume il y a un projet également, sans oublier des salles de centre-ville qui résistent comme l'Alhambra de Calais. D'autres sont encore de belles endormies comme l'Espace Lumière de Hénin-Beaumont quine demande qu'à revivre. Les questions et interrogations sont multiples autour de ce retour en centre-ville. D'abord, on peut remarquer que ces projets s'inscrivent dans une politique commerciale de retour dans les centre urbains. Les géants du commerce comme Carrefour, Leclerc, Auchan ouvrent des petites succursales. Leurs chiffres sont en constante augmentation : de petites unités commerciales ou bien souvent les prix sont gonflés afin de toucher les CSP + résidant en hyper centres et qui placent leur voiture dans les garages, préférant les transports en commun ou le vélo. Carrefour Market ou Contact réinvestissement les quartiers. Concernant notre sujet, Pathé, CGR ou Gaumont restent dans leur « zone de confort » de la périphérie s'assurant leurs bénéfices coincés entre une grande surface, un magasin de bricolage et le parking géant. Les initiatives de retour du cinéma en hyper centre sont plutôt le fait du milieu associatif assez bien soutenu par les mairies. Ces dernières ont bien compris le rôle fédérateur d'un cinéma dans le tissu social des communes. La salle redevient le lieu où se croisent toutes les générations et le cinéma devient enfin ce lieu où on débat, on discute on se donne rendez-vous. Le public ne s'y trompe pas et ne vient pas voir seulement un film. Des animations autour des salles font carton plein avec des cinés-débats par exemple, des rencontres avec des acteurs ou réalisateurs. Le frémissement de ce retour en ville est perceptible. Souhaitons qu'ils prennent de l'ampleur afin de montrer que prendre du plaisir en commun devant un écran géant n'est pas mort.


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