© Olivier JOOS - 2009/2015

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lundi 27 avril 2015

Un document exceptionnel, la façade du cinéma Larivière de Montigny-en-Gohelle

C'est un document exceptionnel que je vous propose dans ce billet...

Pourquoi ?
- Parce que c'est une photo de famille. Ce n'est pas une carte postale qu'on pourrait trouver dans des bourses de collectionneurs, des salons, ou sur des sites marchands comme Delcampe. Ce cliché est unique car c'est une photo qui dormait dans un album... Son actuel propriétaire a eu la gentillesse de me la communiquer et de la faire partager aux internautes... en espérant qu'un lecteur ces jours prochains, dans un mois, dans 2 ans ou plus, puisse lui apporter quelques précisions, des nouvelles, etc... Nous pouvons donc remercier Claude Devolder, le propriétaire de cette image. Claude est un descendant de la famille Larivière qui tenait le cinéma de Montigny-en-Gohelle. Une autre branche Larivière tenait le cinéma Caméo de Hénin-Beaumont. Ses grands-parents sont Ernest et Octavie Larivière et le frère d'Ernest, Germain, tient l'établissement héninois. 
- Parce que ce cinéma est tenue par une famille dont toutes les archives ont disparu....  Ne reste que ce témoignage, cette photo et des souvenirs Laissons Claude Devolder nous raconter : "L’histoire du cinéma de mes grands-parents est  triste. Les bâtiments et terrains ont été vendus après leurs décès et toutes les traces de l’histoire de mes grands parents ont disparu (certainement pas pour tout le monde !) Les appareils de projection (dont un très ancien, de 1936 disait-on), les écrans, le piano les sièges, les meubles, les billards, le matériel de réparation des films, les affiches et photos d’expos de vitrines, le matériel du bistrot  etc. etc... Tout a disparu… Ma mère, femme très timide et introvertie, n’a rien récupéré !  Elle était la fille aînée et est décédée en 2002. Elle était coiffeuse et pianiste.A une certaine époque, elle accompagnait au piano certains films muets ! Evidemment, je fréquentais assidûment le cinéma de mon grand-père malgré mon jeune âge, Il y avait une attraction durant l’entracte.  Mes parents ont tenu le café de la mairie durant quelque temps.  Ils y avaient installé un salon de coiffure. Si mes souvenirs sont exacts le maréchal ferrant qui se situait non loin du cinéma était également de notre famille, je m’y attardais souvent afin de le voir ferrer les chevaux de trait et je manquais ainsi la rentrée des classes. En 1982, nous avons quitté la région. Ceci expliquant cela, concernant la difficulté de mes recherches avant de prendre ma retraite. " Claude Devolder et ses trois sœurs, plus jeunes, sont ainsi à la recherche de traces du cinéma de sa famille, des souvenirs, des photos, des anecdotes, la plus infime soit-elle... 


Maintenant, présentons ce que l'on a devant nous. Comme souvent, pour dater de type de photo, le bonheur veut qu'une affiche de cinéma apparaisse. A droite, une affiche française d'un film anglais: "ça gaze" avec Walter Forde, une production retrouvée sur internet et qui date de 1929. A gauche, c'est cette fois une production allemande avec Harry Liedtke et Hilda Rosche et qui sate aussi de la fin des années 20...
La famille pose sur le perron du bâtiment. L’œil est attiré par la composition du cliché : la famille, les affiches encadrant les individus et, bien placés au-dessus d'eux, l'inscription nous indiquant à la fois le nom des propriétaires et le type de leur commerce. Leurs types de commerce devrions-nous dire puisque les Larivière font à la fois du cinéma (l'inscription la plus importante car première en haut de la pancarte et la plus imposante par la taille), de la vente et réparation de cycles, un café (très important aussi car en position centrale sur le panneau,ainsi qu'une typographie plus généreuse) et enfin la notion "électricité" (qui elle, m'échappe un peu... vente d'appareils électrique ?Ampoules ? Dépannage ? ...). Claude Devolder, descendant des Larivière ne connait qu'un nom des personnes qui posent sur le perron. Il s'agit de Octavie, sa grand-mère, située à droite. toutes les autres lui sont inconnues, à part la future mère de Claude, présente dans le landau au centre de la photo. D'autres membres de la famille ? Des voisins ? Des amies ? On remarque la présence importante d'enfants sur la photo. Est-ce des cousins/cousines ? Des copains d'école ? Ernest Larivière, le responsable de l'établissement n'est pas présent sur le cliché. Claude Devolder en a pourtant un lointain souvenir : " C’était ancien de Verdun, qui était très dur et très sévère"


lundi 13 avril 2015

Dernier volet des souvenirs d'un spectateur étaplois

Troisième et dernière partie des souvenirs de Jean-François Hagneré , notre étaplois d'origine parti s'installer en Lorraine. Un grand merci à lui de nous avoir confier ses anecdotes... 

Cinéma 3
Le cinéma des Carrières

Pour terminer ma tournée des grands-ducs dans les cinémas étaplois (62630) des années 1950-60, je pousse la porte du « cinéma des Carrières », pour la seule fois où j’y ai mis les pieds, à l’initiative de mon cousin Jean-Marie. J’ai failli oublié cette expérience unique dans tous les sens du terme. Elle a probablement eut lieu un dimanche après-midi, alors que nous rendions visite en famille aux Ramet : oncle Jean, tante Marguerite et leurs enfants : Anne-Marie, Daniel, Jean-Marie et Michel. La séance devait certainement se dérouler vers cinq heures avec, au programme, un western.
Le cinéma des carrières se situait dans la rue éponyme, genre de cul-de-sac. Cette impasse donnait, côté ouvert, sur la rue de Camiers, la plus longue de la ville, parallèle au quai du port et au boulevard de l’Impératrice. Lorsqu’on emprunte ce dernier, on peut, d’un côté, se diriger vers Boulogne-sur-mer, et, de l’autre côté, vers Montreuil-sur-mer. En fait, on se trouve là en plein quartier de la marine. D’où vient le nom de cette rue ? Elle se situe juste à côté du terrain de football de l’A.S.E. – Association Sportive Etaploise. Au bout du stade Guilluy – Nom donné en hommage à l’un des médecins de la ville -, derrière une des cages de but, s’élève une… carrière. En haut de celle-ci, un mur de protection, derrière lequel se trouve l’avenue Pasteur. Donc de certaines maisons à étages de cette rue, on peut voir, gratuitement, le dimanche après-midi, les matches disputés en contrebas. Cette rue était aussi appelée familièrement « La loi Loucheur » - 1928-, car nombre de maisons de cette rue ont été reconstruites après la guerre grâce à cette initiative qui favorisait la construction d’un habitat populaire…
Jean-Marie et moi sommes arrivés, cet après-midi là, en retard. C’est donc dans une presque obscurité que nous avons gagné un balcon. L’ambiance était déjà « débridée », pas du tout « Cinéma art et essai », si l’on voit ce que je veux dire. J’avais l’impression d’être assis sur un banc… Le grand confort. « Un p’tit jeune homme » - le héros d’un film de « cow-boy » était appelé le « p’tit jeune homme ». A la sortie des séances « western », rendue à la rue, une armée de « p’tits jeunes hommes » du quartier qui, une main cravachant la fesse droite, l’autre main, tenant des rênes imaginaires, partaient au grand galop, hennissant d’impatience comme une monture fiévreuse… Notre héros, donc, décimait à coups de fusil, une horde de sauvages peaux-rouges harcelant une caravane… Cris d’encouragement et de joie lorsque Hopalong Cassidy faisait mouche… Il me faudra attendre mon service militaire, lors de la visite d’un navire américain de retour du Vietnam, pour retrouver, devant la projection d’un film de ce genre, la même ambiance infantile chez ceux qui avaient remplacé à ce moment-là les Indiens par des « Viets »…
Séance de défoulement, donc… Plus tard, la télé proposera : Rusty et Rintintin, Au nom de la loi ( Jos Randal), La flèche brisée, etc. La télé sonnera le glas des cinémas de quartier qui avaient au moins l’avantage de nous sortir de chez nous…

La dernière séance – Titre d’une chanson symbolique d’Eddy Mitchell, grand cinéphile devant l’éternel et occasionnellement excellent acteur.
Au fil des années, les cinémas de quartier, espaces de convivialité ont disparu. Le cinéma est concentré aujourd’hui dans des « multiplexes », des « Mégakinés » qui proposent aux amateurs, obligés parfois de parcourir en voiture nombre de kilomètres pour assister à une séance, une dizaine de films pour des villes moyennes et plus encore dans des grandes cités. C’est la démesure totale. Les « américonneries » continuent de dominer le marché, en particulier les dénommés « Blockbusters » - Dans les années 1950et 1960, on aurait appelé cela : « péplums », en fait « grosses productions », du type « Ben Hur ». Le cinéma français se défend comme il peut… La publicité a pris une importance démesurée, les médias jouant parfois eux-mêmes les investisseurs dans la production, ce qui nous garantit, c’est certain, une impartialité sans faille dans la présentation des « chefs d’œuvre », forcément chefs d’œuvre comme aurait dit la Duras des pâquerettes…. Dans ces cinés géants, les grandes salles sont destinées aux œuvres susceptibles de faire un carton… Attention aux « Nanars » ! Pour les autres pellicules, plus confidentielles, les amateurs ont droit à des salles exiguës, équipées d’une sono d’enfer – boules Quies conseillées - et où les yeux, pour visualiser l’image, doivent faire le tour de l’écran jusqu’au dixième rang, faute de profondeur de champ… Dans le hall, les « esquimaux » d’antan sont supplantés par le Coca-cola et les cornets géants de pop-corn… Les films en 3D ont fini par percer, surtout côté dessins animés pour les enfants – engorgement des sorties sur le marché au moment des vacances scolaires. Lunettes noires obligatoires sur le pif… Quelques pépites, mais aussi beaucoup de n’importe quoi… mais en 3D. La nostalgie est encore ce qu’elle étai côté ciné…
Hagnéré Jean-françois ( 05/04/2015)

Extrait de Kaléidoscope ou Une egothérapie

vendredi 10 avril 2015

Second volet des souvenirs d'un spectateur étaplois...

Avec la parution de ce second volet, continuons avec Jean-François Hagneré à parcourir l'histoire et les souvenirs de séances dans les cinémas d'Etaples. 
Aujourd'hui, il s'agit du Cinéma des Familles. 



Cinéma 2

Le cinéma des Familles
En ville, à Etaples, le cinéma concurrent du ciné Pax – celui du « curé » - était le cinéma des Familles. Il se trouvait à l’angle de la rue Maurice Raphaël et de la rue du Général Obert. Il comportait une salle avec un bistrot et une table de billard, dont l’entrée donnait rue du général Obert. L’entrée du ciné se faisait Rue Maurice Raphaël. A l’heure des séances, c’est Marthe, vieille dame aux cheveux gris, aux allures de vieille instit sévère, qui tenait la caisse et vendait les billets. Punaisées sur un panneau, des photos du film, prises par des photographes de plateau, donnaient l’ambiance et le ton du spectacle offert. Dans la salle, du parquet « couinant ». Les places, des sièges en bois, avec accoudoirs du même « métal », comme auraient pu chanter Les Charlots. * Pour s’asseoir, on rabattait une plaque de bois tournant autour de son axe. Le grand confort… Je suis allé une fois au balcon, inconfortable et étroit. Au premier rang, sueurs froides à l’idée de voir la rambarde se faire la malle…
Trois dates marquantes :
En fait, j’ai peu fréquenté ce lieu… Mais c’est dans cette salle que j’ai assisté à la projection de « Au risque de se perdre », l’histoire d’une religieuse jouée par Audrey Hepburn, au summum de sa splendeur, de sa grâce naturelle : De quoi faire fantasmer un adolescent sur une « bonne sœur »… Un film qui avait échappé au Ciné-Pax, mais il faut dire qu’en fin de parcours, dans la brousse, Audrey, la nonne pas conne, met les voiles - Il faut comprendre ici qu’elle se défroque… Après tout, il y a mille façons d’aimer… Et en prenant cette décision, qui n’aurait pas plu au doyen de la paroisse, elle laissait quelques espoirs à ses admirateurs, dont certains étaient dans la salle… Elle avait supplanté définitivement la gentille sœur Marthe qui m’aimant-ait lors de ma deuxième année de maternelle.
Quand j’étais môme, comme le chantera plus tard Eddy Mitchell, cette salle programma un film sorti en 1952, une opérette, auquel l’homme de Mexico, Luis Mariano, prêtait son concours. Pépé – Grand-père maternel -, proposa de m’emmener suivre la projection, en compagnie du « cousin Michel » - Delcloque, marié pendant son passage sous les drapeaux à une charmante allemande, Yvonne. Marthe, le Dri-in-in Drin-in-in… de la sonnette d’appel… Nous nous installons, puis attendons l’arrivée d’autres clients… Autant attendre Godot... Personne d’autre ne pointa le bout de son nez ce soir-là… Mariano déclara forfait, dépêchant Marthe pour nous signifier qu’une séance ne pouvait être lancée pour un si maigre public, fût-il de qualité… Etonnement à notre retour rue du Chœur… Pépé lança à la famille réunie : «  Nous n’en avons pas eu pour nos cinq sous de violettes » Et ce nouveau nom de baptême de l’œuvre « marionesque », dû à Pépé, est resté dans nos mémoires…
Sorti en 1959, le film de Claude Autant-Lara, La jument verte fit du… foin. A l’époque, la censure catholique avait de l’influence. Et pour celle- ci, La jument en question caracolait au dernier échelon de son classement : les films à interdire, risquant de nuire gravement à la santé mentale des spectateurs de moins de 21 ans. Je n’avais aucune chance de le voir à cette époque, même si j’avais été un surdoué de la libido. Le doyen mettait sa main devant ses yeux, doigts écartés, afin de ne pas voir la jument en chaleur apparaître sur la feuille de programmation du Ciné-Pax. Le cinoche des Familles, lui, s’était lancé hardiment dans l’affaire, mais un peu trop vite sans doute dans une ville à majorité catho… Au dernier moment, la séance programmée fut annulée… Bref, nous entendîmes beaucoup parler de la jument, mais nous ne la vîmes jamais. Nous dûmes nous contenter de celle des Macquinghem, qui un jour, pour une saillie, fut montée par un superbe étalon…Finalement, les autodidactes qui ont la volonté de s’instruire trouvent toujours le moyen de le faire. Je ne sais à quel bout de fesse ou de sein, les Etaplois, pourtant vaillants dans le domaine la « culbute », ont bien pu échapper ce soir-là. Aujourd’hui, les productions « pornos », relèguent les films les plus osés de B.B. au niveau de gentils contes de fées… Il en est qui « entendent toujours siffler le train »,** mais, personnellement, pour le reste de ma vie, j’entendrai tinter la sonnette de Marthe…

*Les Charlots : D’abord musiciens du chanteur Antoine en tant que Les problèmes, ils devinrent acteurs de pantalonnades à succès sous le nom des Charlots.
** Richard Anthony entendit, et nous avec lui, siffler ce train toute [ sa ] vie.

Hagnéré Jean-françois (28/03/2015)  Extrait de Kaléidoscope ou Une egothérapie


mercredi 8 avril 2015

Le Pax de Etaples, souvenirs d'un spectateur...

Un grand merci à Jean-François Hagneré ! Celui-ci nous propose ses souvenirs des salles de cinéma à Etaples. Natif de cette commune du littoral, célèbre pour son petit port de pêche et porte d'entrée vers le Touquet et Stella-Plage, Jean-François Hagneré est aujourd'hui exilé en Lorraine. Il revient sur sa jeunesse étaploise et notamment ses souvenirs des salles qu'il a connu. Aujourd'hui, premier volet de cette trilogie : le Pax est à l'honneur. Si vous avez aussi des souvenirs de ce(s) cinéma(s), le blog vous accueille et vous publie... 



Cinéma 1
Le Ciné-Pax

Avant la Seconde guerre mondiale, le centre de la vie cultuelle d’Etaples-sur-mer se situait place Jeanne d’Arc ( Voir plan des rues de la ville ). C’était une jolie bâtisse, église traditionnelle, comme on en voyait un peu partout alors. Le Nord-Pas-de-Calais fit l’objet de nombreux bombardements, de la part des Allemands comme des Alliés, la zone littorale de la côte d’Opale, avec ses ports, offrant des possibilités de débarquement – Voir opération d’intox « Fortitude », mise au point en Angleterre.
Au sortir de la guerre, sur cette côte maritime où, plus que partout ailleurs sans doute, religion rime avec superstition, il fallait donc offrir le plus rapidement possible un abri provisoire à Dieu et à ses fidèles. Des films et des photos d’archives montrent une population mobilisée en vue de l’édification de sa « cathédrale ». Elle fit avec les moyens du bord… Je pense que François, notre père, de retour d’Allemagne ( STO : Service du Travail Obligatoire), participa un tant soit peu à ces travaux, dans la limite, comme beaucoup de ces volontaires, de ses compétences architecturales… En fait, je vois en lui, enfant, un joyeux et bon petit diable…
Ainsi fut édifié le… Ciné-Pax, car, en effet, l’on fit d’une pierre de construction, deux coups : un cinéma et une église. Le profane et le sacré, tous deux unis dans un même élan surréaliste… Les affaires du ciné marchaient d’enfer, et les corbeilles des quêtes résonnaient joyeusement. En effet, à cette époque, nos parents ignoraient tout de la télé et de son émission dominicale : Le jour du Seigneur… Ciné le week-end, donc, et le reste du temps, les messes, les prières… Dieu pouvait donc faire son cinoche Rue Robert Wyart, sous le toit en demi-lune – Fibrociment ou tôle, je ne sais plus – de ce « monument ».Après tout, la religion, avec ses rites, ses déguisements, ses accessoires, ses intrigues, son côté irrationnel, n’était-ce pas déjà une superproduction céleste ? C’est en ce lieu qu’étaient donc célébrés les offices ordinaires, les baptêmes, les communions, les mariages, les enterrements…
La configuration des lieux. Sa forme en demi-lune donnait au Ciné-Pax un air de long tunnel. On y entrait par des portes à petits carreaux qui ouvraient sur un grand hall. A droite, aux heures de cinéma, une barrière contenait la file d’attente qui se pressait jusqu’à un petit guichet… A gauche, les toilettes, signées par les fameux duettistes « Jacob-Delafon ». Puis, à gauche comme à droite, un large escalier menant à l’étage supérieur, le balcon, garni de fauteuils de couleur rouge. Du parapet de ce balcon, on pouvait, les soirs de ciné, lancer des « épluchures » de cacahuètes sur les spectateurs du parterre : rigolades et engueulades garanties… A la porte du ciné, deux Arabes sympas fournissaient les munitions pour quelques centimes : des paquets colorés, qui vidés de leur contenu, et gonflés avec l’entrain d’un trompettiste, « pétaient » joyeusement sous la pression des paumes de nos mains – O voulez que j’ monte, mi, o allez voir, bandes d’andouilles !… Revenons dans le hall : Au fond, un comptoir, histoire de se rincer le gosier à l’entracte et, de chaque côté, une porte qui débouchait sur la salle. Quatre longs ensembles de chaises de paille tressée, deux latérales et deux centrales, plus larges, séparées par une allée ( Les allées, très importantes pour le moment de « la communion » ou la « bénédiction des corps des disparus ». Devant les chaises, un muret, surmonté d’un parapet, délimitant un genre de trou d’orchestre conduisant à la… crypte. Au-dessus de cela, la scène au plancher de bois, en arrondi, donnant sur la salle, comme dans un théâtre. Astuce : A l’heure de la messe, en fond de scène, l’hôtel avec toute sa quincaillerie : chandeliers, tabernacle, le Livre saint, les fleurs, etc. Sans oublier, évidemment, la Croix du Christ… A l’heure du cinéma, des cintres tombait l’écran… C’est qu’il en a vu de sa croix des films, Jésus, aussi bien le Pont de la rivière Kwaï, que Le tigre se parfume à la dynamite, interprété par Roger Hanin, ou Les motards, une de ces pantalonnades dans lesquelles excellaient Roger Pierre et Jean-Marc Thibault… Mais dans mon souvenir, c’est Le pont de la rivière Kwaï qui a fait « péter l’applaudimètre »... Mon père, qui n’allait jamais au cinéma, nous y emmena… Ce jour-là, dans la bousculade, des vitres des portes d’entrée furent cassées… Grosse rigolade garantie : Essayer de faire siffler en chœur le thème du film, « Hello, le soleil brille, brille, brille…Un carton musical repris par Annie Cordy… Les péplums, genre Ben Hur, avaient aussi la cote… Dans l’ombre, au fond de la salle se planquaient les amours naissantes et se préparait le repeuplement d’une France saignée par quatre années de guerre, œuvre rédemptrice à laquelle Etaples a toujours largement contribué… Goût du sacrifice, devoir patriotique, en somme…
Le Ciné-Pax accueillait aussi les enfants des écoles pour la Saint-Nicolas - Vraie fête des gamins dans le Nord ; c’est alors que le « Saint », flanqué du père Fouettard, distribuait les jouets. Noël était plus une fête de famille, avec un côté religieux marqué. Mais de plus en plus de jeunes, au fil du temps, organisèrent leur propre réveillon ou fréquentèrent des salles de bals qui, elles, se chargeaient de l’intendance. Ce jour de Saint-Nicolas nous avions droit à la projection de documentaires – Je me souviens de l’un d’eux consacré à la police montée canadienne-, et à la sortie nous étaient offerts une orange et un paquet de bonbons… C’était alors un vrai bonheur… La société de consommation était loin d’avoir effectué sa percée… Jésus avait « chassé les marchands du Temple »… Au Ciné-Pax, il les attirait comme des mouches et je pense que le Doyen ne crachait pas sur le bénéfice tiré des entrées… Comme me l’avait appris le catéchisme : Dieu est partout : Au ciel, sur la terre et en tous lieux, donc il avait sa place réservé au Ciné-Pax… Il n’était pas là pour le film, mais pour nous surveiller…Normal ! Nous restait plus qu’à passer par le confessionnal : Qu’est-ce que je vais encore pouvoir raconter… La carte du « menu » sous les yeux : Non… pas « tuer » ni « voler »… Menti ?… oui… A qui ?… 1984, George Orwell avant l’heure… Tous coupables ! Quel fardeau !…
Hagnéré Jean-François ( 21/03/2015 )
Extrait de Kaléidoscope ou Une egothérapie
Canalblog : Hagnéré jean-françois : Notes discordantes sur l’époque

Texte N° 236

vendredi 3 avril 2015

Un document exceptionnel sur le Caméo de Estaires

Un grand merci à Mr Christian Petit qui nous propose une photo de cette salle de cinéma : le Caméo, à Estaires. La date de ce cliché est de 1937 ou 1938, avant les ravages des bombardements de 1943 sur la ville. Deux personnages se dressent à l'entrée de ce cinéma : Alfred et Henri Petit, respectivement le grand-père et le père de Christian. Henri a alors 19 ans sur ce cliché. Il pose à coté de l'affiche du film "Les écumeurs de frontière", western américain de 1936. Outre le Caméo, Alfred Petit possédait les cinémas de La Gorgue, près du pont, et celui de Houplines. En 1962, alfred cède la salle d'Estaire à Mr Tartare. Auparavant, le petit-fils Christian - à qui nous devons cette très belle photo - a été le dernier projectionniste de ce cinéma avant la cession à Mr Tartare. 
Encore merci à Christian Petit de nous offrir ce cliché.

Une fiche sur ce cinéma et ce qu'il est devenu aujourd'hui a déjà été réalisée sur ce blog avec ce lien : http://cinemasdunord.blogspot.fr/search/label/Estaires


jeudi 2 avril 2015

Le Tivoli de Beauvois-en-Cambrésis



L'ami Jean-Marie Prévost nous propose des documents sur le cinéma Tivoli de Beauvois-en-Cambrésis, petite commune de 2000 habitants près de Cambrai. Situé au 113 rue Marcellin Berthelot, cette salle a une capacité 367 places. En 1950, son directeur est Jean Coquerel. Ce cinéma change de propriétaire vers 1960 avec Messieurs Marcel Verin et Marcel Cherruel. Malheureusement, la date de fermeture nous est encore inconnue .

Sur le premier cliché, ci-dessus, le cinéma est situé sur la gauche. On devine les affiches contre les murs. Sous ce petit texte, toujours à gauche, encore une affiche, mais une seule... Enfin, dernier cliché, une vue Google StreetView de ce bâtiment, devenu un café, "Chez Albert"... si vous connaissez ce lieu, ce café, si vous êtes déjà passé dans ce café, si vous avez l'occasion d'y retourner, ce serait sympa de faire quelques photos, en accord avec le propriétaire, et de nous les envoyer. Peut-être distingue-t-on encore à l'intérieur de ce débit de boisson les vestiges de son ancienne activité...