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dimanche 17 octobre 2010

Germinal, première version, 1913



Représenter le Nord, pendant très longtemps (et peut-être même chez certains aujourd'hui), c'est forcément parler du travail. Un travail pénible avec une existence difficile. En son temps, c'est bien sur Emile Zola qui a su le premier, parler avec une telle force et un sens précis du réalisme de la condition de vie des travailleurs, et surtout ceux qui représentent si bien notre région. Ils en sont devenus des symboles : le mineur, la corpation minière. Zola a glorifier le sens du sacrifice des travailleurs de l'ombre, leur a donné une âme, une sensibilité, mais en même temps, il a, par le talent de sa plume, donné l'image d'une région industrielle peuplée par des miséreux. Certes, et si on se replonge dans la vie de notre région au XIXème siècle, il a parfaitement raison. Mais il a aussi donné par cette vision du grain à moudre aux réalisateurs souhaitant faire une oeuvre magistrale sur le Nord...

Germinal. Le nom tonne et sonne. Plusieurs versions de Germinal existent, les plus importantes : celle de Claude Berri avec Renaud en 1993, celle plus ancienne d'Yves Allégret en 1963 tourné, si ma mémoire est bonne, en République Tchèque, et celle plus ancienne d'Albert Capellani de 1913. C'est cette dernière qui m'intéresse aujourd'hui...

En 1912, le réalisateur Albert Capellani réalise une grande fresque sociale : Germinal. Capellani poursuit son oeuvre de transposition sur grand écran des oeuvres majeures de la littérature française. Zola succède aux "Misérables" dans l'oeuvre du réalisateur. Pour Germinal, il souhaite une reproduction fidèle de l'oeuvre. Le metteur en scène fait appel à des artistes de la Comédie française, notamment Henry Krauss qu'il avait dirigé auparavant dans "Les Misérables". Krauss sera Lantier. L'originalité de cette première version de Germinal est sa réalisation sur les lieux mêmes de l'action. Capellani pose ses caméras dans le Pas-de-Calais. C'est la première réalisation d'un film dans le département (il y a eu bien sur d'autres tournages auparavant comme une vue Lumière dans le port de Boulogne-sur-Mer ou les vues filmées par les tourneurs et forains qui ont quasiment toutes disparues). C'est à Auchel, fosse 5, qu'ont lieu les principales vues extérieures pour filmer avec une extrême véracité le principal personnage : le puits. Auchel devient le temps du tournage Le Voreux. Les paysages miniers et les cadres de vie de la population contribuent à la narration et sont des éléments décisifs dans la progression de l'histoire. Capellani met véritablement en scène le paysage. Il veut profiter du cadre de tournage.
Celui-ci s'est effectué exclusivement dans les rues, les cités et les fosses d'Auchel, alors ville de 9000 habitants. Le film montre tout un panorama de scènes de la vie dans le bassin minier : des corons à la population nombreuse, l'atelier de métallurgie, les installations de surface, le bâtiment de la fosse n°5,... Ces vues sont nécessaires pour la progression de l'histoire grâce au pouvoir de suggestion qu'elles inspirent. Capellani fait également appel à des figurants auchellois. On filme longuement les mineurs et leurs familles heureux de faire du cinéma. Ils sont la caution de vérité du film et participent aux côtés "exotiques" donnés au bassin minier par leurs usages. la revue Le courrier cinématographique du 17 mai 1913 regrette même l'absence de paroles et note : "il est gacheux cependant que celui-ci (le cinéma) n'enregistre pas les réparties, parfois savoureuses, lancées dans ce patois si imagé". C'est dans une ambiance familiale et chaleureuse que se tourne le film. Les artistes et figurants se retrouvent après les prises dans ce qui symbolisent la chaleur et la solidarité de la communauté minière : le cabaret qui donne l'hospitalité aux artistes.
Alors que le roman de Zola se situe en 1880, Capellani montre la situation du pays noir à la Belle Epoque et nous propose la perception qu'a la société du début du siècle sur la corporation minière. Par ses nombreux plans de foule lors de la grêve, des manifestaions ou lors de la ducasse, le film montre qu'au sein de la communauté du bassin houiller, le groupe prime sur l'individu. Celui-ci doit obligatoirement s'inserrer parmi les siens pour former un ensemble soudé. Leur force, c'est le nombre. La lutte et le travail sont les traits essentiels qui lient entre eux les mineurs. Pour la population française, le monde de la mine est inconnu. Le film de Capellani lève le voile sur ce pays replié sur lui-même alors qu'il est un maillon essentiel du tissu industriel. Le monde de la mine recèle en lui tous les éléments nécessaires du drame. Il suscite chez le spectateur la peur, le travail s'effectuant dans l'obscurité, mais aussi la peur de l'accident qui peut arriver à tout moment. Dans la salle obscure, c'est le monde de la mine qui se déploie... Dès février 1913, Pathé annonce l'adaptation du chef d'oeuvre. Le 3 octobre, le film est présenté à Paris. C'est le samedi 18 octobre que l'Omnia Pathé de Douai le met à l'affiche. Avec ce film, présenté comme étant "la grande épopée du mineur" (Journal de Douai du 16 octobre 1913), le programme inclut le Pathé-Journal et une vue comique "Rigadin Napoléon". Un mois plus tard, c'est le théâtre-cinéma Pathé de Lens qui propose le film. C'est un triomphe. Le Journal de Lens mentionne les principaux événements de la vue : "une ducasse, une scène de grève, la visite d'un ingénieur dans les chantiers du fond, l'inondation d'une fosse". Quatre mois après la présentation parisienne, le cinéma Pathé de Béthune projette le film le 4 janvier 1914. Avec Germinal, on passe également des vues courtes en rafales qui faisaient le succès lors des premiers mois d'ouvertures des cinémas à de véritables films d'une longueur impressionnante : 3 heures de films pour Germinal !

Peu de sites internet proposent des commentaires sur le Germinal de Capellani. Mention spéciale pour ce blog :
http://annhardingstreasures.blogspot.com/2010/08/germinal-1913.html
Pour la bibliographie, se reporter notamment à un article de la revue 1895 d'un numéro spécial hors-série intitulé "L'année 1913 en France", octobre 1993.
En 1994, la revue Plein Nord, numéro 205, propose aussi un article sur Germinal version 1913.
Le 21 décembre l'orchestre de Douai propose avec la collaboration du centre de Lewarde une projection de ce film avec de la musique jouée en direct.

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